Éditions le phare du cousseix

Julien Bosc, présent au dernier Baie des plumes, vivait dans la Creuse, au hameau Le Cousseix. Décédé en septembre 2018, il était poète et éditeur, c’est à ce titre que nous lui rendrons hommage dans les lectures des 6 et 20 juillet à l’Ivraie. Les livrets qu’il publiait, chacun en un seul cahier de seize pages non cousues, composées en linotypie sur un vergé ivoire et tirés en deux cents exemplaires numérotés, étaient des objets précieux. Ils l’étaient aussi par le choix des auteurs.

 


Nous en avons retenu trois : Fabienne Courtade avec Papiers retrouvés, Jean-Christophe Belleveaux avec L’emploi du temps et Antoine Émaz avec Prises de mer. Ces textes ont en commun une occupation particulièrement signifiante de la page.

Avec Fabienne Courtade, ce sont des lignes recomposées qui juxtaposent des aperçus, des entendus, des mouvements en vers séparés par des blancs, des silences dans lesquels vient s’insinuer une disparition.
« C’est un film que l’on passe / et repasse / car il manque toujours le début », comme les rêves dont Papiers retrouvés possède l’étrangeté.

Jean-Christophe Belleveaux, dans L’emploi du temps déplie, en de petits pavés de prose comptés, une pensée flottante qui s’appuie sur les preuves ordinaires d’exister vécues à la troisième personne du singulier.
« Le crépitement de la pluie revient au revers des alphabets, des littératures, façonne le présent (qui n’existe pas et qui dure)».

Les pages d’Antoine Émaz, décédé en mars 2019 et à qui nous rendons aussi hommage, figurent cette limite fragile en bordure d’estran où les vagues se couchent. Comme elles, chaque stance de prose revient nous toucher dans une description minutieuse des phénomènes, descriptions qui témoignent d’une présence et d’une disponibilité si particulières, « Il faut une certaine vacance de tête ».
La page devient elle-même « un espace non pas sans mouvement mais sans agitation ».