Né en 1953 à Saint-Flour dans le Cantal, Jacques Libre fut postier à Paris.
Sonnets de la tristesse, Le temps qu’il fait, 2025.

Trois ensembles composent ce recueil qui pose avant tout des questions. Le premier (Onze propositions pour un vertige) est adressé à un ami cher dont la mémoire s’éteint. Alors que s’effacent peu à peu les liens qui les unissent se creuse une perplexité: « Que faire d’une amitié démeublée? ».
Le deuxième ensemble qui donne son titre au recueil rend compte des visites de l’auteur à sa mère, dans la maison de retraite qui l’accueille, dont il voit « les neurones s’effilocher en filaments très fins ». Ce « naufrage d’une incommensurable lenteur » est favorisé par l’absence de stimulations dans ce « parc à vieillards » où les pensionnaires ne se parlent pas entre eux (« Ma mère l’avait dit avec mépris: / ‘’Il n’y a que des vieux!’’ Ce doit être / la même chose pour chaque nouvel arrivant »). Ces sonnets dressent un constat émouvant et lucide sur ce qui « relève d’un abandon », l’intention de l’auteur étant de « faire ressentir, peut-être, ce qui ressemble à une violence ».
Le troisième ensemble (L’amour est comme le sol) ouvre sur le spectacle d’une fillette émiettant du pain pour les moineaux. Sa présence est « si réelle et si pure » que le poème en arrive à la questionner sur la réalité: « Dis-moi, petite, la réalité ne serait-elle / qu’un peu d’eau que l’on prend dans sa main / et qui s’évapore? ». La métaphore entre en résonance avec « la si précieuse sensation de l’éphémère » dans les Sonnets de la tristesse et le passage de « l’ombre d’un nuage sur le sol » associé au mot « Poème » dans la première des Onze propositions pour un vertige.