Yves Elléouët

Éditions Diabase, 2020

Yves Elléouët, mort en 1975, peintre et écrivain fut le gendre d’André Breton.
Quatre-vingt-un poèmes issus de quatre recueils épuisés aujourd’hui, quelques inédits et quelques lettres issues d’une correspondance avec André Breton habitent ce pays de lointaine mémoire.
Comme fragment prélevé de la terre même où « une odeur vague et complexe règne dans la pénombre », chaque poème est une fenêtre ouverte sur un territoire extérieur autant qu’intérieur.
« cette cabane qui sent l’aigre / et la ferraille / cette cabane déglinguée / avec ces foutus vieux sacs »
Les rugosités, les senteurs, les couleurs, les images de cette province armoricaine s’y déploient dans une lumière d’aube ou de crépuscule où s’infiltre parfois une mélancolique inquiétude.
 » Mais derrière la fenêtre / une femme regarde toujours la rue / d’un œil vide « 

Publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Étienne Paulin

Éditions Gallimard, 2019

Étienne Paulin est né à Angers en 1977.
À part leurs titres, rien n’est capital dans ces poèmes qui émergent du blanc comme des respirations. Une pudeur les habite. Ce sont, comme l’indique le titre de celui de la page 39 « des mots sans bruit »:  
 » je ne sais pas ce qu’on y faisait / je me souviens des carrelages // et de l’odeur — ah non / déjà j’invente // pourquoi ce lieu / continue tant // je me souviens des carrelages ».
Minuscules fragments de mémoire, errances dans un espace d’autrefois, les questions mélancoliques annoncées dès le premier poème « sans réponse » (« mon enfance est retenue / dans une espèce de verrière ») se répandent avec douceur (« salve triste », « temps perdu », « mots tombant »,…). Questionnent aussi les vifs surgissements du présent (« j’aime les bruits qu’on entend / très haut dans la ville / si loin qu’on se demande ») qui témoignent d’une disponibilité du poème à l’instant. Disponibilité et vivacité que portent la brièveté (« pas le temps d’une phrase: alors le poème »): une manière certaine de prendre distance avec le malheur. « deux colibris / ont tout vu // et pépient comme si rien »

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Béatrice Bonhomme

Béatrice Bonhomme, « Les boxeurs de l’absurde », éditions L’Étoile des limites, 2019.
Onze longs poèmes fragmentés en stances, chacune installée dans l’espace d’une page. Nous y sommes guidés comme de salle en salle sur un parcours d’ombres et de lumières dans lequel domine la couleur rouge.
« … et du sang de la méduse / naissaient les os du corail »
On perçoit la violence d’une histoire collective (« on allait par le monde avec son cœur et ses entrailles / aux quatre vents de l’oubli ») autant qu’on en devine une personnelle (« Pourquoi si rouge la maison du cœur de l’enfance »). Des douleurs qui ne peuvent se dire et être entendues autrement que par la voix du poème, un espace où s’enchâsse le temps d’un récit .

Stèles pour un scribe, publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur.
Musique: Magali Robergeau, Gérald Méreuze & Quentin Lamerand,
lecture et mise en son: Jacques Vincent.