Hélène Miguet

Hélène Miguet est née en 1988 à Annecy.

gargouille, Sous Le Sceau Du Tabellion, 2025.

« Un matin je me suis réveillée gargouille et plus moyen d’en sortir ».
En sentinelle « clouée au sacré par le derrière », privée de mains, elle ne peut rien faire que dégobiller, cracher. Elle n’est plus que regard (« j’ai une épuisette au bout des yeux ») qui voit la ville de haut et comme elle voudrait « être un peu poète » elle crache des mots. Son grand âge autorise cet être de pierre issu des moraines à porter un regard à la fois aigu et distancié sur la ville.
De son écriture alerte elle donne à voir « l’homme en rade assis sur son carton » sur lequel se lit le mot fragile, la femme aux dreadlocks et piercings (certainement sorcière), le vieil homme devant la pharmacie, « le kebab d’en bas », « la prostituée du coin de la rue », le moineau mort qu’elle avait enfanté, « le monde des hommes (qui) n’est pas tendre »… Elle nous dit aussi ses rêves, son désir, la joie que lui procure la musique, les palpitations de son être au monde, sa relation à l’écriture depuis le silence qu’elle héberge. Comme en réponse à la volubilité de cette écriture, une autre, aussi brève et tendue qu’un jet de pierre, lui fait face qui prend distance sur son propos même.
 » J’écris pour inventer un lieu où grimacer en paix », ce poème d’une ligne est le dernier de cette prosopopée qui reçut le prix du Bellovidère en 2025.

Hélène Miguet, gargouille, Sous Le Sceau Du Tabellion, 2025.