Luigi Fontanella

Éditions RAZ, 2017

Luigi Fontanella, est un poète italien né en 1943.
« Que reste-t-il de cette frénésie? », question posée dans le poème d’ouverture qui se répète dans le suivant. Poème après poème, couche après couche, Fontanella recueille les vestiges de l’histoire de celui qui grandit, « quand le temps ne comptait pas entre nos mains » et dont la présence est toujours agissante chez l’adulte, « Les yeux mi-clos défilent / outrages et blessures… ». Rien de nostalgique ni de plaintif dans ce parcours de mémoire dédié à François Truffaut; non, quête plutôt de ce qui s’incarne encore dans le présent. Paolo Lagazzi, le préfacier le désigne comme anabase et catabase, voyage initiatique vers « le centre du monde » .
Les deux parties de ce recueil, traduit de l’italien par Philippe Démeron, rassemblées dans le titre par une conjonction sont désignées par l’auteur en note de fin d’ouvrage comme « antithétiques et en même temps complémentaires », en effet la deuxième est une suite de rêves de demi-sommeil ou de rêves éveillés dans lesquels se rencontrent de nombreux échos aux énonciations de la première, tel « …être / soi-même l’obscurité, l’obscurité absolue » qui renvoie à « … j’ai toujours / imaginé que je disparaitrais dans le vide » en cette période où « il faut se dépêcher de grandir » même « quand on ne sait pas …comment fait-on pour se défaire des autres / comment fait-on pour se gagner soi-même ».
« Ô Nuit, / viens, / abats-toi sur moi », elle est invoquée comme une divinité, appelée pour ce qu’elle sait d’une possible origine, « dans un demi-sommeil je m’efforce de me souvenir / de la toute première représentation », quête métaphysique en somme et si nombre de ces lignes restent pour moi énigmatiques, elles font entrer en résonance ma propre histoire lorsque ma lecture se suspend pour questionner un rejet.  

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture et mise en son: Jacques Vincent.

Éric Pessan

Éditions l’Œil ébloui, 2020

Éric Pessan né en 1970 vit dans la région nantaise.
Les photos dont il est question ici, vues, prises ou remémorées (« La photo a existé / je pense l’avoir vue / elle est sans doute perdue / et je la réinvente / en toute mauvaise foi »), photos de famille ou autres sont des fenêtres ouvertes sur la mémoire de l’auteur qui réveillent anecdotes, fragments de récit familial, sentiments, sensations (« elle sent la vache et l’étable »). Décrites ou simplement évoquées, elles suscitent des digressions relatées ligne par ligne, sous formes de poèmes avec pour seule ponctuation quelques points d’interrogation et le point final de chacun. À ces retours sur le passé, forcément mélancoliques, l’écriture accorde souvent la distance de l’humour (« Toujours sur la photographie je suis étonné / de ne dénicher que ce type banal / qui n’a rien à voir / avec celui que je suis vraiment / à l’intérieur »).
La typographie du recueil voisine avec des dessins de Delphine Bretesché en pleines pages qui en ponctuent la progression. Ils représentent en contours désinvoltes des intérieurs peuplés de la multitude complexe des objets du quotidien.

Publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Gérard Le Gouic

2021

Gérard Le Gouic, né en 1936, vit à Rosporden dans le Finistère.
« Exercices d’incroyance » est un livre de prières adressées à celui dont l’auteur ne croit pas à l’existence : « Je ne crois pas en Vous / et j’enrage que mon incroyance / vous crée,… ». Inexistence néanmoins considérée avec une capitale révérence jusqu’à ce qu’elle soit abandonnée (la capitale mais non la révérence) dans le dernier poème.
La demande du prieur y reste toujours modeste: « Je ne vous demande pas l’impossible / […] / un poème / que je garderai pour moi ».
L’auteur s’est « astreint chaque matin, en toute liberté, à cet exercice » qu’il considèrera comme « une mise en condition afin d’aborder ensuite [son] chantier de papier en cours » mais qui peut aussi être considéré comme une mise à l’épreuve de son incroyance, démarche mystique en somme. L’inexistence pour l’auteur n’est pas une absence: « Disparaître ne serait pas / me rapprocher de Vous, // mais Vous perdre / de tous mes sens, à jamais ».
L’ensemble de ces poèmes qui n’excluent pas l’humour (« Ce sont des murmures, / des prières minuscules // que je rédige au jour le jour / comme une liste de commissions »), bâtis en stances de deux vers constitue l’étoffe d’une conversation que justifie l’extrait suivant: « Je ne crois pas en Vous / Mais est-ce une raison // pour ne pas Vous entretenir / pour ne pas Vous remercier ». L’absence est faite présence par l’écriture.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise-en-son: Jacques Vincent.