Benjamin Guérin

Né en 1983, Benjamin Guérin vit en Aubrac.

Quand nous étions des loups, éd. de Corlevour, 2024.

Une visite de loups dans la bergerie de Benjamin Guérin est à l’origine de ce recueil construit « en suivant les loups plus loin encore que s’estompait leur pas ». S’il en peut déplorer les pertes de son troupeau, cette intrusion du sauvage anime l’écriture. Sauvage que « nous avons rejeté au loin », auquel nous laissons de moins en moins de territoires et de place en nous (« existe-t-il un humain capable d’accueillir en lui le sauvage? »).
Parfois pamphlet teinté d’ironie quant à l’état de monde d’où « il nous faudra partir », nous qui pour nous nourrir avons oublié « l’évidence du sang » pour ne voir la mort que « derrière nos emballages », les textes se déploient en six séquences. Benjamin Guérin a « remis la peau du loup / pour avancer dans les pas du monde » et choisit pour cela le moyen du poème. Il nous rappelle dans ces pages où se glissent les belles estampes de Robert Lobet que « le sauvage // n’est ni le bien ni le mal » et se fait oracle pour nous annoncer un au-delà possible de l’anthropocène (« ils sont venus les loups / nous montrer le chemin / comme des dieux égyptiens »).

Benjamin Guérin, Quand nous étions des loups, éd. de Corlevour, 2024.

Éric Desordre

Éric Desordre est originaire de Toulouse où il vit.

Le feu au gorille, éditions Unicité, 2021.

«  C’est pourtant bien d’une aventure qu’il s’agit, avec ses rencontres qui ne doivent rien au hasard, ses séquences obligées, son déroulement espéré. On y retrouve les délices de l’enfance et la quête métaphysique de la maturité. ». Ces premières phrases de l’ouvrage guideront la lecture.
Le recueil se compose de cinq parties titrées Hommes, bêtes, Arbres, Nourritures, Dieux: une tentative de mettre quelque ordre dans le monde visible et invisible en s’en tenant à l’essentiel. Un des rôles qui pourrait être dévolu à la poésie. Chaque ensemble est annoncé par une photographie prise par l’auteur d’un fragment de la matière du monde suivie de pavés de prose en italique, extraits de journaux de bord, qui relatent, décrivent, se déploient en pensées et qui précèdent des digressions de poèmes en vers libres pour « Un bout de chemin ensemble ». L’écriture de ces derniers est surtout une écriture de l’œil, de ses déplacements, le verbe en est souvent absent. « Chemise blanche à manches courtes pantalon noir / Cintré / Aux pattes étroites / Pipe / Plantes / Eaux bruissantes ». Les ellipses convoquent notre imaginaire. Sont véhiculés sans débordement des fragments de réalité mais aussi de mémoire, d’anciennes émotions. Les tableaux se succèdent, scènes de voyages, conversations, paysages, rencontres, portraits, avec humour parfois et auto-dérision. Le dernier poème, portrait de Hanuman, touchante divinité du panthéon hindouiste à l’apparence d’un singe, s’achève par une citation d’un proverbe hindou: « les singes ne pleurent jamais sur eux-mêmes / Il pleurent sur les autres ».

Éric Desordre, Le feu au gorille, éditions Unicité, 2021.

Grégory Rateau

Né en 1984 en banlieue parisienne, Grégory Rateau vit aujourd’hui à Bucarest où il anime un média d’informations en ligne*.

« Conspiration du réel », éditions Unicité, 2022.

Les personnages, les territoires, les quartiers, les villes avec lesquels l’auteur entre en empathie par l’écriture, forment autant de paysages intérieurs, de portraits de l’auteur lui-même. Nomade (« Je trace depuis toujours mon sillon / le plus loin possible / du lieu-dit / Celui de ma naissance »), aventurier même (« Traverser les terres incultes / me perdre dans les horizons blafards »), conduit par un idéal de la poésie, il invoque Rimbaud en prière (« Embarque-nous dans tes soirs bleus d’été »), convoque Pessoa parmi d’autres citations mais en se qualifiant lui-même de « Rastignac du pauvre », il n’en fait pas moins preuve d’une salutaire lucidité. Si les poèmes de ce recueil sont l’expression d’une révolte face à la brutalité du monde, l’un d’eux, Loin, dans ses dernières lignes, ouvre sur l’inattendu qui rend possible l’apaisement (« Soudain / un piano isolé dans sa mansarde / Mahler, Satie… / un musicien ami / je réponds en jouant des doigts sur un banc / Partition inédite / L’espoir à réinventer »).
*lepetitjournal.com

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture et mise en son: Jacques Vincent.