Gérard Le Gouic

2021

Gérard Le Gouic, né en 1936, vit à Rosporden dans le Finistère.
« Exercices d’incroyance » est un livre de prières adressées à celui dont l’auteur ne croit pas à l’existence : « Je ne crois pas en Vous / et j’enrage que mon incroyance / vous crée,… ». Inexistence néanmoins considérée avec une capitale révérence jusqu’à ce qu’elle soit abandonnée (la capitale mais non la révérence) dans le dernier poème.
La demande du prieur y reste toujours modeste: « Je ne vous demande pas l’impossible / […] / un poème / que je garderai pour moi ».
L’auteur s’est « astreint chaque matin, en toute liberté, à cet exercice » qu’il considèrera comme « une mise en condition afin d’aborder ensuite [son] chantier de papier en cours » mais qui peut aussi être considéré comme une mise à l’épreuve de son incroyance, démarche mystique en somme. L’inexistence pour l’auteur n’est pas une absence: « Disparaître ne serait pas / me rapprocher de Vous, // mais Vous perdre / de tous mes sens, à jamais ».
L’ensemble de ces poèmes qui n’excluent pas l’humour (« Ce sont des murmures, / des prières minuscules // que je rédige au jour le jour / comme une liste de commissions »), bâtis en stances de deux vers constitue l’étoffe d’une conversation que justifie l’extrait suivant: « Je ne crois pas en Vous / Mais est-ce une raison // pour ne pas Vous entretenir / pour ne pas Vous remercier ». L’absence est faite présence par l’écriture.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise-en-son: Jacques Vincent.

Alexis Gloaguen

2010

Alexis Gloaguen est né en 1950 dans le Finistère.
À l’instar de Joseph Joubert avec la marche, c’est le vol qui produit l’écriture fragmentaire de ce livre qui se pose sur quelques villes du continent nord-américain. Le monde y est méticuleusement décrit avec une précision scientifique et sans hiérarchie des règnes. Végétal, minéral, animal, la nature et l’artefact se côtoient et conversent en permanence (« … les lys bâtards jaillissent des plaques de fer autour des arbres ») ou encore (« Je me sens animal déguisé d’un sourire »). Ce regard sur le monde en juxtapositions, associations et glissements métaphoriques confère à cette prose un statut de poésie, poésie d’un moraliste sans candeur qui s’émerveille néanmoins et « note les traversées mentales de chaque minute libre »
Comme un recueil, ce livre qui ne nécessite pas de lecture suivie est fait de récits (tel en est le sous-titre) où l’écriture se tourne souvent vers elle-même pour désigner ce qui la conduit (« J’ai la nostalgie d’un lieu où l’amplification des mots formerait comme un milieu, un air qui englobe une totalité. ») ou l’élan qui la forme (« Écrire sans but précis, c’est forer le sol et voir s’il en sortira l’inconnu,… »).

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture et mise en son: jacques Vincent.

Ariel Spiegler

Éditions Gallimard, 2019

Ariel Spiegler est née en 1986 à São Paulo.
Jardinier, titre sans pronom sonne comme un appel auquel répond déjà le premier poème:
« Ta solitude t’appelle. / Sois silencieuse, petite / rien de plus. ».
Quel est cet allié qui affirme « Je suis la meilleure part de toi » et qui se manifeste avec une telle tendresse (ma tendre, mon oiseau, petit moi, colombe). Ce jardinier s’adresse à qui? À Gomer peut-être, femme infidèle du prophète Osée dont une citation en incipit ouvre le recueil mais avant tout à Ariel qu’il nomme quelques fois.
« Tu te lèves chaque nuit pour moi? // Non comme une âme en peine / ne confondons pas les rôles »
Si d’abord elle invite au silence, cette âme assurément ne manque pas d’humour ni de questions et de questions sur la poésie en particulier:
« Est-ce que tu m’apprivoises? // Est-ce que tu me rencontres / dans cette veille / consacrée à je ne sais quoi, »
Ce livre organisé en six chapitres est une suite de poèmes qui déroulent une forme de récit. Le récit d’une histoire personnelle qui par la poésie s’affranchit des nécessités contextuelles. L’énigme fait du poème un abri où déposer la perle de l’intime.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son : Jacques Vincent.