Grégory Rateau

« Conspiration du réel », éditions Unicité, 2022.

Né en 1984 en banlieue parisienne, Grégory Rateau vit aujourd’hui à Bucarest où il anime lepetitjournal.com, média d’informations en ligne.
Les personnages, les territoires, les quartiers, les villes avec lesquels l’auteur entre en empathie par l’écriture, forment autant de paysages intérieurs, de portraits de l’auteur lui-même. Nomade (« Je trace depuis toujours mon sillon / le plus loin possible / du lieu-dit / Celui de ma naissance »), aventurier même (« Traverser les terres incultes / me perdre dans les horizons blafards »), conduit par un idéal de la poésie, il invoque Rimbaud en prière (« Embarque-nous dans tes soirs bleus d’été »), convoque Pessoa parmi d’autres citations mais en se qualifiant lui-même de « Rastignac du pauvre », il n’en fait pas moins preuve d’une salutaire lucidité. Si les poèmes de ce recueil sont l’expression d’une révolte face à la brutalité du monde, l’un d’eux, Loin, dans ses dernières lignes, ouvre sur l’inattendu qui rend possible l’apaisement (« Soudain / un piano isolé dans sa mansarde / Mahler, Satie… / un musicien ami / je réponds en jouant des doigts sur un banc / Partition inédite / L’espoir à réinventer »).

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture et mise en son: Jacques Vincent.

Cécile A. Holdban

« Pierres et berceaux », éditions Potentille, 2021.

Sur un cahier non relié de seize pages, huit poèmes dédiés, redevables, comme l’annonce le premier, au territoire de l’enfance « où jamais la poussière ne se pose ». Comme l’oiseau « perché sur la branche du rien », auquel elle donne la parole, Cécile A. Holdban confectionne un « nid de mots » pour un disparu qu’elle exhorte dans le dernier poème: « dors du sommeil vert d’où un jour tout revient ». Pierres et berceaux, des masses pleines (« ceci est la réalité »), et des creux prêts à accueillir ce qui sera, sont reliés par la conjonction de coordination mais aussi par l’allitération. Dans le poème éponyme du titre elle en appelle au lecteur: « Suis-je seule à m’agiter / enfermée, vociférant / dans le corps irréel du poème? ». L’écriture interroge son rapport au réel mais quand elle « plante des mots pour pousser », les pierres sont « prêtes à exploser ».

Musique Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Andrea Thominot

J’habite désormais juste en dessous du ciel, éditions 10 pages au carré, 2021.

En secret nous est confié cette belle et hardie déclaration d’intention d’un jeune poète. Avec justesse, lucidité, sincérité il nous conte son récit d’apprentissage dans lequel sont mentionnés de premiers héritages: Baudelaire d’abord peut-être (« J’ai longtemps habité… ») et celui souvent dénié aujourd’hui du surréalisme (« Il fallait écrire vite pour brûler le silence »). N’ayant un jour plus «  d’idées pour écrire des poèmes », il s’en va vivre dans une annonce immobilière où il rencontrera les mots d’autres poètes sans s’identifier pour autant à leur mal-être. Il avoue sa peur dans un monde de virtualités exaltées où « Tout le monde s’est mis à rêver en plein jour » et décide de quitter son appartement, une certaine appartenance donc, pour aller rejoindre les fous au « …premier jour / Qui recommence enfin ». Au cours de ses changements d’existence, il découvrira dans une armoire une voix qu’il avait oubliée mais que son écriture fait fort bien sonner. Le poème s’achève sur cette proclamation pour le moins héroïque: « Ma voix sera le feu / Qui hurle au reste de la meute », chemin sur lequel il ne manquera pas de se rencontrer.

Musique Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.