Michel Bourçon

Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2014

Michel Bourçon, né en 1963 vit à Nevers.
« peut-être parlons-nous seulement / pour nous évader du corps / fuir l’espace où l’on s’absente. »
Pas de première personne du singulier dans ce recueil qui déroule ses poèmes en un continuum de séquences juxtaposées comme sur une bobine de pellicule. Le temps y prend sa place, celui qu’il fait mais aussi celui des horloges aux « lendemains identiques » où « la vie sans trouver de sens / se maintient en composant sans trop penser », le temps du « mal de vivre ». Il y a surtout, détaché du temps des saisons, le surgissement de l’instant dans sa puissance d’émerveillement; un nuage s’écarte et « …dans l’embellie / le sourire du jour / dépasse de son masque », l’aperçu d’un rouge-gorge, « joie de rencontre » ou une libellule qui se pose sur la main. Si « une présence noire / [qui] importune le temps » se manifeste, le temps de ce recueil reste celui, immobile, du premier regard sur le monde, « aucun nuage n’alourdit le ciel / de ce monde prêt à éclore ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: jacques Vincent.

Ludovic Degroote

Éditions Unes, 2017

Ludovic Degroote né en 1958 vit dans la région lilloise.
« Lieu de passage où rien ne se passe, la digue c’est dans ce temps-là qu’on y va », cette chaussée en impasse est lieu d’introspection. « Ni vraiment dehors ni dedans totalement, on s’échappe de tout sans sortir de rien ».
Les brèves séquences de prose se succèdent en vagues écrites comme on se parle à soi-même. Le pronom personnel « on », indéfini et collectif m’entraîne à tâtons dans un dedans peuplé de « choses [qui] n’ont pas deux fois le même goût », paysage intime à consistance matérielle, « on s’émiette, on s’éboule, ça se construit ». Je chemine comme dans un labyrinthe de glaces vers « là seul où c’est bon d’être soi, où on l’est enfin » peut-être, « On a du mal à se sentir, on a jamais vécu en dehors de soi », quidam parfois burlesque balloté de paradoxes en paradoxes, « on a tous des soucis et tous une tête à mettre autour ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Éric Pessan

Éditions l’Œil ébloui, 2020

Éric Pessan né en 1970 vit dans la région nantaise.
Les photos dont il est question ici, vues, prises ou remémorées (« La photo a existé / je pense l’avoir vue / elle est sans doute perdue / et je la réinvente / en toute mauvaise foi »), photos de famille ou autres sont des fenêtres ouvertes sur la mémoire de l’auteur qui réveillent anecdotes, fragments de récit familial, sentiments, sensations (« elle sent la vache et l’étable »). Décrites ou simplement évoquées, elles suscitent des digressions relatées ligne par ligne, sous formes de poèmes avec pour seule ponctuation quelques points d’interrogation et le point final de chacun. À ces retours sur le passé, forcément mélancoliques, l’écriture accorde souvent la distance de l’humour (« Toujours sur la photographie je suis étonné / de ne dénicher que ce type banal / qui n’a rien à voir / avec celui que je suis vraiment / à l’intérieur »).
La typographie du recueil voisine avec des dessins de Delphine Bretesché en pleines pages qui en ponctuent la progression. Ils représentent en contours désinvoltes des intérieurs peuplés de la multitude complexe des objets du quotidien.

Publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son: Jacques Vincent.