Sabine Sicaud

Née en 1913 à Villeneuve-Sur Lot, Sabine Sicaud est morte en 1928 des suites d’une blessure au pied.

Le chemin de sable, éd. Fario, 2022.

« Quand j’étais Russe, il m’arrivait / de m’appeler Katia, Masha, Tania. ».
Dans une écriture d’une étonnante maturité, l’autrice, qui mourut à l’âge de quinze ans, évoque d’abord ce qui lui fut chemins. Du monde qui lui est proche, elle désigne avec précision les formes, les couleurs, les senteurs, les sons et sa perception du lointain est abondamment nourrie par la lecture des livres de la bibliothèque parentale: « Beaux livres d’autrefois, je vous aime, dorés / sur un fond de soleil ainsi que des Icônes ».
Outre sa maîtrise de l’écriture, ce qui étonne c’est sa lucidité: « La route que j’avais choisie était une route de sable ». Elle écrit ses peurs et son attachement au monde de l’enfance (« Lorsque le petit jour demain sera venu / Oserai-je quitter l’oiseau de ce pays? ») tout en manifestant liberté et confiance en l’avenir (« Au petit jour demain, si je me suis trompée / un carrefour viendra »). Elle laisse entendre son désir de vivre (« Tout voir — je vous ai dit que je voulais tout voir / Tout voir et tout connaître! ») et, à en juger par cet aphorisme: « Ne te laisse pas diminuer surtout / ni par les autres ni par toi », on devine sa force de caractère.
Si, ravagée par la douleur (« bête invisible au minuscules dents ») que provoque en permanence l’ostéomyélite qui l’emportera en un an, elle dit parfois son désespoir (« faites-moi donc mourir comme on est foudroyé »), elle ne lui cède pas: « parce que tu as froid, ce soir / ne nie pas le soleil ».
Ainsi par ce témoignage, en une écriture qui pourrait être d’aujourd’hui, nous donne-telle une formidable leçon de vie.

Sabine Sicaud, Le chemin de sable, éd. Fario, 2022.

2 commentaires sur « Sabine Sicaud »

  1. Bravo pour cette lecture de ma chère Sabine !!

    L’extrait que tu as choisi avec bonheur se situe avant la souffrance extrême qui ne va pas tarder à la torturer.

    Quel rôle au soignant ? Cela pourrait peut-être être lu en fac de médecine ?

    Le plein air, le soleil, le rire, la gaîté, la beauté heureuse, les mots qu’on attend contre le gris épais et maussade, contre décembre et Noël errant… Ou alors la science profonde sous un crâne nu, vieux et blême. De toute façon la confiance…

    Quelle leçon d’espoir, quelle clairvoyance !

    Et je ne peux penser à Sabine sans me dire que les antibiotiques, inconnus à son époque, sauvent aujourd’hui des êtres de lumière, partout dans le monde…

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  2. Belle trouvaille!

    Bluffant en effet pour une si jeune fille…Et quelle richesse de vocabulaire!!!

    Son rêve de médecin pourrait être affiché au fronton de toutes les officines

    Bonne sieste au frais

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