Reha Yünlüel

Né en Turquie en 1967, Reha Yünlüel vit à Strasbourg depuis 1997.

Poèmes pour quoi, éd. Henry / la Rumeur libre, 2026.

Ce livre bilingue écrit en turc, est co-traduit en français par Belkis Sonia Philonenko, Pascale Gisselbrecht et l’auteur lui-même.
De son titre, je lis au moins trois interprétations: Poèmes pour. Quoi?, indignation, Poèmes pour quoi?, doute, Poème pour quoi, destination indéterminée.
« Je suis un poète d’il était une fois » écrit Reha Yünüel dans qcm, un poème d’amour. D’amour il est souvent question dans ces textes d’une écriture alerte aux titres décalés, de la nuit aussi, avec ou sans pleine lune, dont ces poèmes pourraient être le produit. Récits, pour la plupart, parsemés de traits d’humour, parfois délirants, qui portent souvent les incongruités qu’ont les rêves et sont presque tous adressés à un être aimé absent (je suppose une femme) comme le mélancolique il pleuvait sur Mannheim.
Le poème journal intime d’amour p. 1 se termine par neuf vers qui tiennent lieu de manifeste sur le rôle à la fois dérisoire et essentiel du poète: « et tu ne sauras jamais / que je suis le tapissier en chef / d’un atelier d’espoir / dont le travail est d’appeler / les numéros seuls / dans les annuaires / la nuit ».
Au milieu de ces récits on découvre un autoportrait en métaphores qui en disent les incertitudes (j’ai froid aux pieds ma chérie) et, en fin d’ouvrage, deux pamphlets, l’un dénonçant ironiquement les conditions de vie des ouvriers (instantanés de vie sans phobie, sans toutou) et l’autre, tout aussi ironique (retourné acrobatique des 18 ans), rassemble des recommandations à un fils sur le point d’entrer dans « un monde de cannibales ».

Reha Yünlüel, Poèmes pour quoi, éd. Henry / la Rumeur libre, 2026.

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