Samedi 4 avril 12:30 à Ti an Trouz, 8 rue Jean Jaurès à Douarnenez, en partenariat avec Poèmes bleus, nous ferons entendre des extraits de « La veine des étoiles phonétiques » de Céline De-Saër, éd. Atelier de l’agneau, 2024.
Benjamin Guérin
Né en 1983, Benjamin Guérin vit en Aubrac.
Quand nous étions des loups, éd. de Corlevour, 2024.

Une visite de loups dans la bergerie de Benjamin Guérin est à l’origine de ce recueil construit « en suivant les loups plus loin encore que s’estompait leur pas ». S’il en peut déplorer les pertes de son troupeau, cette intrusion du sauvage anime l’écriture. Sauvage que « nous avons rejeté au loin », auquel nous laissons de moins en moins de territoires et de place en nous (« existe-t-il un humain capable d’accueillir en lui le sauvage? »).
Parfois pamphlet teinté d’ironie quant à l’état de monde d’où « il nous faudra partir », nous qui pour nous nourrir avons oublié « l’évidence du sang » pour ne voir la mort que « derrière nos emballages », les textes se déploient en six séquences. Benjamin Guérin a « remis la peau du loup / pour avancer dans les pas du monde » et choisit pour cela le moyen du poème. Il nous rappelle dans ces pages où se glissent les belles estampes de Robert Lobet que « le sauvage // n’est ni le bien ni le mal » et se fait oracle pour nous annoncer un au-delà possible de l’anthropocène (« ils sont venus les loups / nous montrer le chemin / comme des dieux égyptiens »).
Florence Saint-Roch
Née en 1965, Florence Saint-Roch vit à Saint-Omer.
Cartographies, éd. L’Ail des ours, 2024.

« Quand le monde s’étrécira / il faudra faire avec les vestiges les reliefs / les lettres rescapées sur un radeau ».
Ces textes s’appuient sur des cartographies réalisées par l’artiste Nicolas Blondel sur les pages d’un livre altérées par un séjour prolongé dans un jardin. Les saisons, la pluie, le vent, les végétaux, les insectes et les vers en sont co-auteurs.
Florence Saint-Roch s’en empare en s’immisçant à l’intérieur de ces cartes, les amplifiant, les prolongeant, les éprouvant pour se fondre dans les paysages qu’elles dessinent. L’écriture en mouvement, à la vivacité d’un récit d’aventure, décrit, commente et extrapole. Elle a pour sujet un pronom impersonnel plus étendu que l’autrice elle-même qui participe à construire ces paysages. Un sujet qui se laisse atteindre par les formes, les couleurs, les senteurs, les mots qui lui apparaissent: « on s’échauffe on s’emporte / on entre en combustion ». Un sujet qui s’émerveille: « la rivière prend feu / son parfum sauvage et violent ».