Ritta Baddoura

Née au Liban en 1980, Rita Baddoura vit en France et écrit en français.

Désaltère, l’Arbre à paroles, 2022.

« Paysages colorés et reliefs / Et entre les mailles les souvenirs », la métaphore peut s’appliquer à tout ce recueil composé de huit ensembles de poèmes indépendants mais qui peuvent se lire en succession narrative, le journal d’instants d’où de l’énonciation du présent surgissent des fils de mémoire. L’ensemble dessine un labyrinthe. « Je cherche quelque chose / Probable que cette chose ne se trouve pas là », le chemin d’écriture est une quête parfois inquiète dans « Cette nuit (où) chaque odeur est une inquisition qui pousse la porte », le dedans et le dehors se regardent à travers «Le double vitrage (qui) sépare les pensées naturelles de l’artefact ». Le dernier ensemble, Respire, commence par un récit de rêve qui se poursuit à la page suivante par l’énoncé d’une règle de jeu enfantin: « Tu me trouves / Tu as le choix / de marcher dans une flaque / Ou d’entrevoir / Au cœur de la forêt / Une source », forêt où l’écriture ramène souvent. Plus loin: « De quoi demain sera-t-il fait / Point d’interrogation / Je le dessine dans l’air », ainsi dans le silence des mots se trace un dessein.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Jacques Ancet

Jacques Ancet, écrivain et traducteur, né en 1942, vit dans la région d’Annecy.

Zone franche, Tarabuste, 2022.

« L’homme / penché /qui regarde / germer les mots / sur la page terre », l’écrivain et le lecteur, à voix hautes, murmurées ou silencieuses s’entendent dire les mots, des substantifs, des verbes, de rares adjectifs si ce n’est des noms de couleurs: jaune et bleu surtout, rouge, vert et blanc aussi, le dénommé comme le perçu de la page. Le mot se substitue souvent au vers comme unité du poème et lui est accordé le temps du rayonnement et d’une résonance possible dans la mémoire du lecteur. Le poème, tel un objet graphique est perçu dans une globalité que l’œil peut aussi parfois parcourir de manière erratique en laissant tout le temps à l’énonciation.
« Un homme écrit dans son jardin / sous la buée des heures », l’auteur « regarde / germer les mots » ainsi le lecteur par dessus son épaule; ce lecteur auquel il s’adresse et dont il appelle la proximité dans L’heure de cendre, prose poétique à la fin de l’ouvrage qui dit l’instant devant la page « dans ce présent où tout semble flotter ». Ce long monologue éclaire aussi Zone franche: « comme on marche, traverser de longs espaces vides jetant ça et là quelques mots, les regardant s’ouvrir ». La marche est de longue date indissociable de l’écriture de Jacques Ancet.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.