Jean-Christophe Belleveaux

Jean-Christophe Belleveaux, né en 1958 à Nevers où il réside fut un grand voyageur.

Dernier domicile connu, éd.Tarmac, 2026.

« J’habite mon cadavre »: première phrase de ce recueil qui nomme d’emblée le dernier domicile connu, expression consacrée qui induit la recherche d’un individu en fuite ou disparu, à l’instar de L’année du singe, l’un des textes, rapport parodique d’une filature.
La quête « Sans sens / dans tous les sens » se fait en neuf ensembles de poèmes en vers ou en prose, à la poursuite de « celui / qui fuit qui fuit ». Dans une tonalité tragi-comique, ils vont « Voguant / vers un peu plus d’absence / un peu plus d’absurde ». L’auteur qui écrit préférer « boucan tohu-bohu / âcres fumées grand chambard » au savoir-vivre, s’avance dans l’écriture avec « une canne blanche métaphorique » et laisse venir toutes assonances et allitérations, laissant déraper le sens sur toutes homophonies, paronymies, homonymies, tout calembour qui électrisent ces poèmes auto-biographiques et parfois dionysiaques. 

Jean-Christophe Belleveaux, Dernier domicile connu, éd.Tarmac, 2026.

Louise Glück

Poète américaine, Louise Glück (1943-2023) reçut le prix Nobel de littérature en 2020.

Vita nova, traduit par Marie Olivier, éd. Gallimard, 2026.

Ce livre bilingue est, à l’instar du Vita nova de Dante, un recueil de poèmes autobiographiques qui rassemble des narrations où vécu et rêvé se manifestent au même plan.
Récits intimes mais sans épanchement où voyage un je qui s’incarne de multiples façons, devient parfois Didon, Eurydice, Orphée, se dédouble aussi pour se mettre à l’écoute, guider, questionner, répondre.
« Intéressant, la façon que l’on a de tomber amoureux: / dans mon cas de façon absolue. De façon absolue, et, hélas, / souvent. ». Lyrisme et lucidité animent l’écriture qui suggère, interroge ce qui fut, sa réalité mais aussi ce qui demeurera. « Du désastre je fis une harpe / afin de perpétuer la beauté de mon dernier amour », est-il écrit par la bouche d’Orphée.

Louise Glück, Vita nova, traduit par Marie Olivier, éd. Gallimard, 2026.

Alain Wexler

Alain Wexler vit dans le Beaujolais. Il est le généreux éditeur-imprimeur de la revue Verso.

La tentation, éd. Henry, 2018.

« Le nom ne pouvant être limé / Je limerai la chose / Pour qu’elle lui ressemble / […] / La lime façonne l’objet / dont il ne restera que le nom. ».
Je lis ce premier poème du recueil comme métaphore de l’écriture d’Alain Wexler. Les «  mots ne sont que limaille et copeaux » et faisant fi du sens commun s’abandonnent aux vents de l’analogie, de l’association, de la polysémie. Ainsi se déroulent sous nos yeux de lecteurs un mouvement vertigineux de permanentes mutations, une aventure langagière qui nous fait glisser du train de nuit à l’accordéon, de la pierre à l’escalier, de l’escalier à l’escargot, de la cuiller à la proie, du toit au champ de blé en passant par les ongles des femmes, de l’œil à l’œuf, de la pomme à la « robe sur balançoire » quand les arbres « poussent dans le ventre du ciel ».
À l’ordre des choses se substitue un chamboulement jubilatoire qui met dans tous ses états notre représentation du monde et nous conduit par exemple jusqu’à cette merveilleuse évidence que « l’eau serait un vêtement parfait si elle n’était un contenu. ».

Alain Wexler, La tentation, éd. Henry, 2018.