Claudine Bohi, « Naître c’est longtemps »

Entre les 12 et 26 octobre, nous lirons l’ensemble de l’ouvrage publié aux éditions La tête à l’envers, 2018.
Claudine Bohi, "naître c'est longtemps"Agrégée de lettres, Claudine Bohi est née en 1947. L’ouvrage présenté vient d’obtenir le prix Mallarmé (2019).
Étrange tournure grammaticale du titre : un verbe qualifié par un adverbe ou identique à un adverbe. L’un se métamorphose, se conjugue, l’autre est invariable. Déjà des questions qui aiguillent (aiguillonnent) sur les mots et la langue.
 Ce texte n’est « pas un discours » mais un acte en train de s’accomplir, une parole qui creuse, fouille, mouvement intime et mesuré en quête d’un sens irrigant la chair de la langue. Parcours intérieur en spirale qui va « [d’]une douleur /  si loin plantée », les deux premiers vers, jusqu’aux deux derniers : « une bouche de chair / qui mange le silence ». L’ouvrage est découpé en cinq sections qui vont et reviennent sur les mêmes lieux.
« poème est souvenir  / qui roule vers l’avant /  qui ouvre ce qui viendra // poème en surprend le passage ».
Surgis du blanc de l’oubli, se forment les vocables entendus par l’oreille interne pour se poser en signes sur la peau de la page (« c’est rouge en dessous »). 
L’écriture inquiète, et attentive, au présent de son apparition, avance en tâtonnant dans le blanc comme dans un brouillard neigeux, éprouvant le rayonnement du mot qui advient, elle fouille. En lignes brèves, un seul mot parfois, « à creuser la langue », le poème s’extirpe, se met en scène dans sa dramaturgie typographique, comme naissant à tenter de toucher son origine.

Jacques Vincent

Étienne Faure, « La vie bon train »

Lectures des 21 & 28 septembre 2019, midi, à l’Ivraie : Étienne Faure, « La vie bon train », éditions Champ vallon, 2013.
la vie bon trainÉtienne Faure né en 1960, vit à Paris est publié chez Champ Vallon et Gallimard. Son dernier ouvrage : « Tête en bas » chez Gallimard lui a valu le prix Max Jacob en 2019.
« La vie bon train » est un alignement de pavés en prose, tous d’égale longueur, arrêtés en gare, autant de fenêtres au travers desquelles l’auteur observe arrivées, départs, montées, descentes, entrées, sorties des passagers, des travailleurs, des animaux et même des végétaux (avec ou sans bagage). Son regard et tous ses sens sont ceux d’un anthropologue méticuleux, amusé et mélancolique, soucieux d’épuiser son sujet. « Ici le temps est le plus lent du monde sous les aiguilles d’une énorme pendule qui marque par à-coups l’heure légale ». Attente et écriture se fondent dans la réalité de la gare et dans son imaginaire « comme à Pompéi ». Dans cette « enclave hors du monde », au milieu de cette « formication obsessionnelle » , l’écriture « comme les femmes infiniment dans leur sac à main fouillent et refouilleront encore, pour trouver l’objet adéquat jusqu’au départ— et remettre de l’ordre dans tout ça. ».

Calendrier des lectures, médiathèque Georges Perros, 2019/2020

Chaque premier samedi du mois, 11h30, Place de l’Enfer à Douarnenez, dans le cadre du bibio-café qui débute à 10h30.

• 2 nov. 2019
Étienne Faure, « La vie bon train », éd. Champ Vallon, 2013
• 7 déc. 2019
Claudine Bohi, « Naître c’est longtemps », éd. La tête à l’envers, 2018
• 4 janv. 2020
Ramiro Oviedo, « Fauves », éd. Corps Puce, 2017
• 1 févr. 2020
Denise Le Dantec, « La seconde augmentée », éd. Tarabuste, 2019
• 7 mars 2020
Jean-Pierre Chambon, « L’écorce terrestre », éd. Castor Astral, 2018
• 4 avr. 2020
Julien Bosc, « Le verso des miroirs », Atelier de Villemorge, 2018
• 2 mai 2020
François de Cornière, «  ça tient à quoi », éd. Castor Astral, 2019
• 6 juin 2020
Catherine Pozzy, « Très haut amour », Gallimard, Coll. Poésie / Gallimard, 2010
• 4 juil. 2020
Flora Bonfanti, « Lieux exemplaires », éd. Unes, 2018