Jean-Pierre Le Goff

Né en 1942 à Douarnenez, Jean-Pierre Le Goff est mort en 2012.

Journal des neiges, librairie La Brèche éditions, 2022.

Ce recueil, journal des jours neigeux de quatre années successives, d’abord publié en 1983 est le premier livre de Jean-Pierre Le Goff.
« En écrivant ceci dans un café, j’aperçois la neige qui s’est mise à tomber comme si la précipitation des mots avait déclenché la chute des flocons. »
Magique rapport de causalité entre l’écriture et la neige. Les rêveries que suscitent cette dernière prennent racines dans le terreau de l’enfance. Posée sur la grille d’un portail elle suggère le travail d’une dentellière, en étendue gelée évoque une pâte feuilletée et pourrait aussi bien être produite par la nuit. Elle est matériau à pétrir pour en faire des boules ou des bonhommes en chapeaux, fumeurs de pipes mais aussi support de vagabondage mental et « qui aspire à être orné de guirlandes de mots ». Elle incite à plonger « vers je ne sais quelle profondeur » pour s’émerveiller ou suivre une pensée qui frôle parfois la métaphysique.
« Un train surgit recouvert de neige, ailleurs est déjà là »: l’image saisissante me vivifie.

Jean-Pierre Le Goff, Journal des neiges, librairie La Brèche éditions, 2022.

Rose Ausländer

Rose Ausländer, née en 1901 dans une région qui fut avalée par la Roumanie puis par l’Union soviétique, jusqu’à sa mort en 1988 mena une vie d’apatride.

Le rêve a les yeux ouvert, éd. La Barque, 2026, traduit de l’allemand par Hugo Hengl

« Ressuscitée / dans le Tout / je suis / une créature / de mots ».
Des poèmes de peu de mots (à l’os dirait-on) qui tracent des sentiers de pensées rêveuses (ou de rêveries pensives). Nourris du quotidien d’une nomade apatride (« Ma maison quittée / j’habite le mot »), ils le transcendent et l’enchantent par la légèreté de leur souffle et leur fulgurance parfois. Témoins d’instants en suspension, les vers sont très courts, parfois réduits à un seul mot. « Certains mots rayonnent // d’autres m’observent / par magie noire ». Ce rayonnement transmis au-delà du poème (« Je sens une présence / je sens / la présence du mot ») lui confère une force d’évidence qui certainement participa à aider l’autrice à « trouver sa place / dans le jour ».
Pour elle qui proclame « Étonnement / ma patrie », quand « Ne reste / que la / consolation des rêves », le poème devient seul territoire habitable.

Rose Ausländer, Le rêve a les yeux ouvert, éd. La Barque, 2026.