Cécile A. Holdban

« Pierres et berceaux », éditions Potentille, 2021.

Sur un cahier non relié de seize pages, huit poèmes dédiés, redevables, comme l’annonce le premier, au territoire de l’enfance « où jamais la poussière ne se pose ». Comme l’oiseau « perché sur la branche du rien », auquel elle donne la parole, Cécile A. Holdban confectionne un « nid de mots » pour un disparu qu’elle exhorte dans le dernier poème: « dors du sommeil vert d’où un jour tout revient ». Pierres et berceaux, des masses pleines (« ceci est la réalité »), et des creux prêts à accueillir ce qui sera, sont reliés par la conjonction de coordination mais aussi par l’allitération. Dans le poème éponyme du titre elle en appelle au lecteur: « Suis-je seule à m’agiter / enfermée, vociférant / dans le corps irréel du poème? ». L’écriture interroge son rapport au réel mais quand elle « plante des mots pour pousser », les pierres sont « prêtes à exploser ».

Musique Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Andrea Thominot

Éd. 10 pages au carré, 2021

En secret nous est confié cette belle et hardie déclaration d’intention d’un jeune poète. Avec justesse, lucidité, sincérité il nous conte son récit d’apprentissage dans lequel sont mentionnés de premiers héritages: Baudelaire d’abord peut-être (« J’ai longtemps habité… ») et celui souvent dénié aujourd’hui du surréalisme (« Il fallait écrire vite pour brûler le silence »). N’ayant un jour plus «  d’idées pour écrire des poèmes », il s’en va vivre dans une annonce immobilière où il rencontrera les mots d’autres poètes sans s’identifier pour autant à leur mal-être. Il avoue sa peur dans un monde de virtualités exaltées où « Tout le monde s’est mis à rêver en plein jour » et décide de quitter son appartement, une certaine appartenance donc, pour aller rejoindre les fous au « …premier jour / Qui recommence enfin ». Au cours de ses changements d’existence, il découvrira dans une armoire une voix qu’il avait oubliée mais que son écriture fait fort bien sonner. Le poème s’achève sur cette proclamation pour le moins héroïque: « Ma voix sera le feu / Qui hurle au reste de la meute », chemin sur lequel il ne manquera pas de se rencontrer.

Musique Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Pierre Albert-Birot

Éditions Rougerie, 1992

Pierre Albert-Birot est né à Angoulème en 1876 et mort à Paris en 1967.
« On est au milieu de tout et tout autour en même temps / Au milieu et tout autour de soi ». Oui, au milieu, c’est là que se situe PAB, en plein milieu de l’effervescence de son époque qu’il célèbre avec humour et allégresse. Dans ses chroniques de la vie culturelle et quotidienne on croise Apollinaire, Blaise Cendrars, Max jacob, Jean Cocteau, … Sa poésie alerte, abreuvée à la source de Dada, aussi visuelle que sonore est annonciatrice de mouvements futurs qui se prendront bien plus au sérieux que lui ne le faisait. PAB explore les formes comme le ferait un enfant, en « poète inconvenant ». « Peuples marchez sur la tête ventre des idées / Autos du pauvre à mille cylindres / Crevaison des vies pneumatiques ».
L’article défini du sous-titre « le livre des poèmes » présente l’objet comme unique, témoin du parcours d’un auteur, qui fut aussi homme de labeur, soucieux par sa revue SIC (sens, idées, couleurs) de faire rayonner la poésie de ses amis, ceux déjà cités mais aussi Aragon, Reverdy, Soupault, Tzara, Follain et j’en oublie. Rougerie, éditeur et imprimeur lui rend un bel hommage.
Associé au mouvement espérantiste, il en apprit la langue et certains poèmes de « Petites proses » sont des traductions de textes originellement écrits en espéranto.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.