Dominique Quélen

Né en 1962 à Lorient, Dominique Quélen vit à Lille.

Matière, Flammarion, 2025.

« La poésie perce et atteint par accident la partie molle de la jambe qui empêche. Elle se dirige avec pour guidon les bras. Il faut qu’il y ait en tout une chose plus courte, un mot ou un mauvais assemblage de mots dans la langue. »
Comme dans ce passage qui se donne comme art poétique, l’humour n’est pas rare dans ces textes qui semblent avoir été écrits dans le secret d’une chambre aux volets clos. Huit séquences de pavés de prose dont la plupart sont arrêtés à onze lignes et disposés en têtes et pieds de pages de manière à ménager entre eux un blanc (un silence) d’identique dimension. Des proses aux allures d’exposés, la plupart adressées à un lecteur ou une lectrice non désignés, qui exposent leur auteur en laissant émerger des motifs autobiographiques fragmentaires souvent récurrents: le vélo, la piscine, la nage, l’accident, la vase, le frère, un gros garçon, une chute, le trou, la langue, le poème, un autre en soi…, et des indices d’une histoire familiale douloureuse.
Sens sans cesse dérivant et syntaxe souvent chahutée, l’écriture peut dérouter mais ces poèmes portent aussi une matière sonore qui invite à y poser notre propre voix pour mieux les entendre.

Dominique Quélen, Matière, Flammarion, 2025.

Béatrice de Jurquet

Née en 1940 dans l’Ariège, Béatrice de Jurquet vit à Lyon. Elle est psychanalyste et membre de l’Oulipo.

 Si quelqu’un écoute, éd. la rumeur libre, 2017.

L’héroïne de ce livre pour lequel la poète reçut le prix Mallarmé est la poésie même, expérience intime, expérience de l’intime à la lumière de métaphores, de comparaisons « qui nous tiennent debout, qui nous tiennent en vie en haleine ». Les mots de ces poèmes véhiculent des visions, des éclats de mémoire, des instants qu’ils font ressurgir « entre deux eaux ». L’eau et le sable les alimentent, Ulysse aussi, rencontré plusieurs fois dans ces pages (« Ulysse qui revient, on le comprend tout à coup »), aussi « la « maison inclinée » (pour tendre l’oreille vers ce qui monte des profondeurs, apercevoir la trace secrète, « l’initiatique » sous la surface? »).
Une ligne de vie, deuxième partie du recueil, en une série de notes, porte un regard sur la poésie, non pour la définir ou la cerner mais pour la reconnaître dans sa discrète volatilité.

Béatrice de Jurquet, Si quelqu’un écoute, éd. la rumeur libre, 2017.

Lawrence Ferlinghetti

Lawrence Ferlinghetti est un poète américain né en 1919 et mort en 2021 à San Francisco.

A coney Island of the mind, traduit de l’anglais par Marianne Costa,
éd. Maelström, 2008.

La première partie de ce recueil, Images d’un Monde En-Allée, offre des tableaux, des pamphlets, relate des scènes, des récits fantasques, des rêves, des souvenirs dans une écriture qui porte l’empreinte du surréalisme, « le silence plana comme une idée perdue / et une statue tourna la tête ». Y sont conviés René Char, Praxitèle, Dante, Yeats, Dada.
A coney Island of the mind en deuxième partie est un ensemble de poèmes plus récents que ceux du précédent. Il débute par une évocation de gravures de Goya (« humanité souffrante » et « l’imagination du désastre ») où s’opère un glissement vers l’Amérique contemporaine. Il porte des visions, des pamphlets iconoclastes et des éclats fulgurants. « Des paons marchaient / sous les arbres de la nuit / dans le clair perdu / de lune ».
Mis en scène par la typographie qui occupe librement la page comme pour explorer les potentialités de l’espace, ces poèmes sont pour l’œil autant que pour la voix et l’oreille.

Lawrence Ferlinghetti, A coney Island of the mind, traduit de l’anglais par Marianne Costa, éd. Maelström, 2008.