Hélène Miguet

Hélène Miguet est née en 1988 à Annecy.

gargouille, Sous Le Sceau Du Tabellion, 2025.

« Un matin je me suis réveillée gargouille et plus moyen d’en sortir ».
En sentinelle « clouée au sacré par le derrière », privée de mains, elle ne peut rien faire que dégobiller, cracher. Elle n’est plus que regard (« j’ai une épuisette au bout des yeux ») qui voit la ville de haut et comme elle voudrait « être un peu poète » elle crache des mots. Son grand âge autorise cet être de pierre issu des moraines à porter un regard à la fois aigu et distancié sur la ville.
De son écriture alerte elle donne à voir « l’homme en rade assis sur son carton » sur lequel se lit le mot fragile, la femme aux dreadlocks et piercings (certainement sorcière), le vieil homme devant la pharmacie, « le kebab d’en bas », « la prostituée du coin de la rue », le moineau mort qu’elle avait enfanté, « le monde des hommes (qui) n’est pas tendre »… Elle nous dit aussi ses rêves, son désir, la joie que lui procure la musique, les palpitations de son être au monde, sa relation à l’écriture depuis le silence qu’elle héberge. Comme en réponse à la volubilité de cette écriture, une autre, aussi brève et tendue qu’un jet de pierre, lui fait face qui prend distance sur son propos même.
 » J’écris pour inventer un lieu où grimacer en paix », ce poème d’une ligne est le dernier de cette prosopopée qui reçut le prix du Bellovidère en 2025.

Hélène Miguet, gargouille, Sous Le Sceau Du Tabellion, 2025.

Philippe Mathy

Né en 1956, Philippe Mathy partage sa vie entre la Belgique e t la France.

Pencher le cœur, L’Ail des ours, 2026.

« Paroles qui se composent à l’écoute du frisson du vent dans les feuillages ».
C’est en promeneur qu’écrit Philippe Mathy, tous sens en éveil, accueillant le soleil, la pluie, la caresse du vent, les arbres, le chant des oiseaux, un regard, ses rêves, le courant de la Loire, … Autant de phénomènes extérieurs éveillant une intériorité, une pensée qui chemine avec le pas, la conscience de  « nos vies éphémères » dont « les jours passent en courant ». Ses notes en prose chantent la nature et la « joie d’une vie solitaire et rebelle quand les loups hurlent dans la nuit de tous les médias ». Des notes révélatrices aussi d’une quête de sens, un désir de transcendance hors de toute religion, une spiritualité: « Je n’écris que nourri de ce que je vois pourtant sûr que seul compte ce qu’on ne voit pas ».

Philippe Mathy, Pencher le cœur, L’Ail des ours, 2026.

Catherine Pont-Humbert

Catherine Pont-Humbert est aussi lectrice et conceptrice de lectures musicales.

Quand les mots ne tiennent qu‘à un fil, éd. La tête à l’envers, 2024.

« Je recompose le miroir d’anciennes images dans lequel l’enfance vient se refléter. / La source et là à portée de mes mots. »
Ainsi Catherine Pont-Humbert définit-elle sa démarche dans ces proses construites à partir de rêveries sur des accords de trois mots qui réveillent des fils de mémoire dont elle tisse des lambeaux. Recueillis et assemblés avec délicatesse (« Un tout petit rien fait tout bouger »), ils forment les sept séquences, les sept chants d’une épopée intime. La poète s’y raconte par les résonances qu’induisent les mots.
Écriture d’un vif rapport au monde, au plus proche des sensations (« Je forme des phrases à même l’eau de mer »), qui chemine par glissements associatifs (« De la raie au rai »), elle est celle d’une poète solaire qui déclare « s’être fabriquée dans le creux des mots ».

Catherine Pont-Humbert, Quand les mots ne tiennent qu‘à un fil, éd. La tête à l’envers, 2024.