Samedi 21 mars 12:30 à Ti an Trouz, 8 rue Jean Jaurès à Douarnenez, en partenariat avec Poèmes bleus, nous ferons entendre, à l’occasion du Printemps des poètes, des extraits de « Ground zéro » de Aldo Qureshi, éd. Atelier de l’agneau, 2024.
Florence Saint-Roch
Née en 1965, Florence Saint-Roch vit à Saint-Omer.
Cartographies, éd. L’Ail des ours, 2024.

« Quand le monde s’étrécira / il faudra faire avec les vestiges les reliefs / les lettres rescapées sur un radeau ».
Ces textes s’appuient sur des cartographies réalisées par l’artiste Nicolas Blondel sur les pages d’un livre altérées par un séjour prolongé dans un jardin. Les saisons, la pluie, le vent, les végétaux, les insectes et les vers en sont co-auteurs.
Florence Saint-Roch s’en empare en s’immisçant à l’intérieur de ces cartes, les amplifiant, les prolongeant, les éprouvant pour se fondre dans les paysages qu’elles dessinent. L’écriture en mouvement, à la vivacité d’un récit d’aventure, décrit, commente et extrapole. Elle a pour sujet un pronom impersonnel plus étendu que l’autrice elle-même qui participe à construire ces paysages. Un sujet qui se laisse atteindre par les formes, les couleurs, les senteurs, les mots qui lui apparaissent: « on s’échauffe on s’emporte / on entre en combustion ». Un sujet qui s’émerveille: « la rivière prend feu / son parfum sauvage et violent ».
Dominique Quélen
Né en 1962 à Lorient, Dominique Quélen vit à Lille.
Matière, Flammarion, 2025.

« La poésie perce et atteint par accident la partie molle de la jambe qui empêche. Elle se dirige avec pour guidon les bras. Il faut qu’il y ait en tout une chose plus courte, un mot ou un mauvais assemblage de mots dans la langue. »
Comme dans ce passage qui se donne comme art poétique, l’humour n’est pas rare dans ces textes qui semblent avoir été écrits dans le secret d’une chambre aux volets clos. Huit séquences de pavés de prose dont la plupart sont arrêtés à onze lignes et disposés en têtes et pieds de pages de manière à ménager entre eux un blanc (un silence) d’identique dimension. Des proses aux allures d’exposés, la plupart adressées à un lecteur ou une lectrice non désignés, qui exposent leur auteur en laissant émerger des motifs autobiographiques fragmentaires souvent récurrents: le vélo, la piscine, la nage, l’accident, la vase, le frère, un gros garçon, une chute, le trou, la langue, le poème, un autre en soi…, et des indices d’une histoire familiale douloureuse.
Sens sans cesse dérivant et syntaxe souvent chahutée, l’écriture peut dérouter mais ces poèmes portent aussi une matière sonore qui invite à y poser notre propre voix pour mieux les entendre.