Hend Jouda

Née à Gaza en 1984, Hend Jouda est réfugiée en Égypte depuis 2024.

Gaza Ö ma joie, Héros-limite, 2025, (traduction: Mireille Mikhaïl et Henry Jules Julien).

« Pas d’alliance entre moi et l’obscurité qui frappe / […] / J’étire mes artères vers le soleil / Comme un arbre ». Ainsi, avec courage, contre ceux qui « voulaient et veulent toujours que ce soit une terre / sans habitants », se tendent vers la lumière les poèmes de Hend Jouda.
Elle veut reconnaître en ces épreuves un possible chemin de transformation (« Certains chagrins nous rendent heureux »), donne parole à la ville de Gaza pour nous dire ses « jours qui semblent ne plus passer », ses déceptions (« Nous savons seulement que / La civilisation humaine perd conscience ») et un désarroi proche de la folie (« Je marche en moi avec l’assurance des fous / Comme un papillon approche sa mort en dansant »). Elle formule une supplique (« Ne nous abandonne pas à tes crocs errants ») à ce monde qui « nous roule dans un joli papier et nous fume / Nous laisse cendre sur les trottoirs sales » et dans sa lassitude imagine un retour aux origines (« Montre ta côte manquante / Je veux retourner dans ta cage thoracique / Je n’en peux plus de ce manque »).
Par ces textes, nés du fond de l’obscurité, nous apparaît Gaza et ses lumières, ses lumières qui résistent malgré tout: « Elle — femme amoureuse / Fille déjà mûre / Mère qui n’a pas de mère / Au lait tari / Ne nourrit ni ne chante / Mais elle brille… elle brille ».

Hend Jouda, Gaza Ö ma joie, Héros-limite, 2025,
(traduction: Mireille Mikhaïl et Henry Jules Julien).

Reha Yünlüel

Né en Turquie en 1967, Reha Yünlüel vit à Strasbourg depuis 1997.

Poèmes pour quoi, éd. Henry / la Rumeur libre, 2026 (1ère éd. 2024).

Ce livre bilingue écrit en turc, est co-traduit en français par Belkis Sonia Philonenko, Pascale Gisselbrecht et l’auteur lui-même.
De son titre, je lis au moins trois interprétations: Poèmes pour. Quoi?, indignation, Poèmes pour quoi?, doute, Poème pour quoi, destination indéterminée.
« Je suis un poète d’il était une fois » écrit Reha Yünüel dans qcm, un poème d’amour. D’amour il est souvent question dans ces textes d’une écriture alerte aux titres décalés, de la nuit aussi, avec ou sans pleine lune, dont ces poèmes pourraient être le produit. Récits, pour la plupart, parsemés de traits d’humour, parfois délirants, qui portent souvent les incongruités qu’ont les rêves et sont presque tous adressés à un être aimé absent (je suppose une femme) comme le mélancolique il pleuvait sur Mannheim.
Le poème journal intime d’amour p. 1 se termine par neuf vers qui tiennent lieu de manifeste sur le rôle à la fois dérisoire et essentiel du poète: « et tu ne sauras jamais / que je suis le tapissier en chef / d’un atelier d’espoir / dont le travail est d’appeler / les numéros seuls / dans les annuaires / la nuit ».
Au milieu de ces récits on découvre un autoportrait en métaphores qui en disent les incertitudes (j’ai froid aux pieds ma chérie) et, en fin d’ouvrage, deux pamphlets, l’un dénonçant ironiquement les conditions de vie des ouvriers (instantanés de vie sans phobie, sans toutou) et l’autre, tout aussi ironique (retourné acrobatique des 18 ans), rassemble des recommandations à un fils sur le point d’entrer dans « un monde de cannibales ».
bachibouzouck.com
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https://www.lyrikline.org/en/authors/reha-yuenlueel

Reha Yünlüel, Poèmes pour quoi, éd. Henry / la Rumeur libre, 2026.

Ludivine Joinnot

Ludivine Joinnot vit à Charleroi où elle est née en 1979.

Notes de charbon, L’Ail des ours, 2026.

« Mes racines m’obsèdent / territoire de souvenance / maintes fois foulé / pas de regrets pas de remords / plutôt flashs sur / la photo aux bord brûlés ».
La poésie est forme privilégiée pour ces vagabondages en « territoire de souvenance », ces réminiscences qui telles « les empreintes de café se font tenaces ». Les poèmes font revivre un nous qui est d’abord un groupe d’enfants ayant grandi dans le même bassin minier de Belgique, dans les mêmes paysages de haldes, de fouilles, de friches, de roselières, de zones de combustions et de quartiers de maisons jumelles identiques. Ils en ont goûté la vie sociale, « quand noircit le charbon / près du bassin houiller / la fraternité / les fêtes interminables ».
Mobile, ce nous identifie aussi les mineurs eux-mêmes dans la rudesse de leur labeur (« nous résistons / travaillons encore et encore / faisons refaisons mille fois / les mêmes gestes »), dans leur quotidien, dans ces « jours où rien ne se passait », dans leurs solidarités aussi. Solidaire de ce nous, le je ne fait d’ailleurs que de rares apparitions. Se devine une fierté d’être de ce territoire: « nous trouvons la source / de nous particularités / au pied des terrils ».
Ouvertes sur une question à la fin du premier poème (« que savons-nous des couleurs / sur la palette des siècles? »), ces Notes de charbon se referment sur un doute qui questionne le moyen: « le silence se vit-il mieux dans le poème? ».

Ludivine Joinnot, Notes de charbon, L’Ail des ours, 2026.