Lawrence Ferlinghetti

Lawrence Ferlinghetti est un poète américain né en 1919 et mort en 2021 à San Francisco.

A coney Island of the mind, traduit de l’anglais par Marianne Costa,
éd. Maelström, 2008.

La première partie de ce recueil, Images d’un Monde En-Allée, offre des tableaux, des pamphlets, relate des scènes, des récits fantasques, des rêves, des souvenirs dans une écriture qui porte l’empreinte du surréalisme, « le silence plana comme une idée perdue / et une statue tourna la tête ». Y sont conviés René Char, Praxitèle, Dante, Yeats, Dada.
A coney Island of the mind en deuxième partie est un ensemble de poèmes plus récents que ceux du précédent. Il débute par une évocation de gravures de Goya (« humanité souffrante » et « l’imagination du désastre ») où s’opère un glissement vers l’Amérique contemporaine. Il porte des visions, des pamphlets iconoclastes et des éclats fulgurants. « Des paons marchaient / sous les arbres de la nuit / dans le clair perdu / de lune ».
Mis en scène par la typographie qui occupe librement la page comme pour explorer les potentialités de l’espace, ces poèmes sont pour l’œil autant que pour la voix et l’oreille.

Lawrence Ferlinghetti, A coney Island of the mind, traduit de l’anglais par Marianne Costa, éd. Maelström, 2008.

Claudine Bohi

Née en 1947, Claudine Bohi vit entre Paris, Strasbourg et Saint-Pierre-des-Champs dans l’Aude.

Point fixe, L’Ail des ours, 2025.

Le « Point fixe », en aéronautique, désigne le temps de vérification des fonctionnements de l’appareil qui rendront possible le décollage.
« C’est un point au-dedans / pourtant il est ailleurs ». Pour Claudine Bohi, le poème est moyen d’exploration qui creuse ici ce que définit la géométrie comme la plus petite portion d’espace concevable.
Le texte s’accompagne de monotypes aux teintes contrastées d’une vigoureuse matérialité de Germain Roesz et Anne Slacik.
« c’est une immensité contenue là », cette intuition d’un lieu intime qui accueillerait tous les contraires prend existence avec l’apparition des mots qui le qualifient. L’objet invisible acquiert une présence, « il te protège // il te donne la force ». L’adresse va autant de l’auteur à elle-même qu’au lecteur que je suis. La poète m’accompagne dans la reconnaissance en moi de ce refuge si inconnu et si familier où je me rassemble, qui est à l’origine de mon être même: « sans lui tu te défais / tu te déconstruis // tu n’es plus là ».
Le poème qui donne à éprouver ce Point fixe qui a quelque accointance avec le Tao vient toucher une essentielle mémoire archaïque et découvre « une paix de sable sous la lune », ouvre la voie au possible.

Claudine Bohi, Point fixe, L’Ail des ours, 2025.


Jacques Lèbre

Né en 1953 à Saint-Flour dans le Cantal, Jacques Libre fut postier à Paris.

Sonnets de la tristesse, Le temps qu’il fait, 2025.

Trois ensembles composent ce recueil qui pose avant tout des questions. Le premier (Onze propositions pour un vertige) est adressé à un ami cher dont la mémoire s’éteint. Alors que s’effacent peu à peu les liens qui les unissent se creuse une perplexité: « Que faire d’une amitié démeublée? ».
Le deuxième ensemble qui donne son titre au recueil rend compte des visites de l’auteur à sa mère, dans la maison de retraite qui l’accueille, dont il voit « les neurones s’effilocher en filaments très fins ». Ce « naufrage d’une incommensurable lenteur » est favorisé par l’absence de stimulations dans ce « parc à vieillards » où les pensionnaires ne se parlent pas entre eux (« Ma mère l’avait dit avec mépris: / ‘’Il n’y a que des vieux!’’ Ce doit être / la même chose pour chaque nouvel arrivant »). Ces sonnets dressent un constat émouvant et lucide sur ce qui « relève d’un abandon », l’intention de l’auteur étant de « faire ressentir, peut-être, ce qui ressemble à une violence ».
Le troisième ensemble (L’amour est comme le sol) ouvre sur le spectacle d’une fillette émiettant du pain pour les moineaux. Sa présence est « si réelle et si pure » que le poème en arrive à la questionner sur la réalité: « Dis-moi, petite, la réalité ne serait-elle / qu’un peu d’eau que l’on prend dans sa main / et qui s’évapore? ». La métaphore entre en résonance avec « la si précieuse sensation de l’éphémère » dans les Sonnets de la tristesse et le passage de « l’ombre d’un nuage sur le sol » associé au mot « Poème » dans la première des Onze propositions pour un vertige.

Jacques Lèbre, Sonnets de la tristesse, Le temps qu’il fait, 2025.