Samedi 6 juin 12:30 à Ti an Trouz, 8 rue Jean Jaurès à Douarnenez, en partenariat avec Poèmes bleus, nous ferons entendre des extraits de « Le cycle des pigeons » de Ariel Spiegler, éd. de compagnons d’humanité, 2023.
Alain Wexler
Alain Wexler vit dans le Beaujolais. Il est le généreux éditeur-imprimeur de la revue Verso.
La tentation, éd. Henry, 2018.

« Le nom ne pouvant être limé / Je limerai la chose / Pour qu’elle lui ressemble / […] / La lime façonne l’objet / dont il ne restera que le nom. ».
Je lis ce premier poème du recueil comme métaphore de l’écriture d’Alain Wexler. Les « mots ne sont que limaille et copeaux » et faisant fi du sens commun s’abandonnent aux vents de l’analogie, de l’association, de la polysémie. Ainsi se déroulent sous nos yeux de lecteurs un mouvement vertigineux de permanentes mutations, une aventure langagière qui nous fait glisser du train de nuit à l’accordéon, de la pierre à l’escalier, de l’escalier à l’escargot, de la cuiller à la proie, du toit au champ de blé en passant par les ongles des femmes, de l’œil à l’œuf, de la pomme à la « robe sur balançoire » quand les arbres « poussent dans le ventre du ciel ».
À l’ordre des choses se substitue un chamboulement jubilatoire qui met dans tous ses états notre représentation du monde et nous conduit par exemple jusqu’à cette évidence que « l’eau serait un vêtement parfait si elle n’était un contenu. ».
Hélène Miguet
Hélène Miguet est née en 1988 à Annecy.
gargouille, Sous Le Sceau Du Tabellion, 2025.

« Un matin je me suis réveillée gargouille et plus moyen d’en sortir ».
En sentinelle « clouée au sacré par le derrière », privée de mains, elle ne peut rien faire que dégobiller, cracher. Elle n’est plus que regard (« j’ai une épuisette au bout des yeux ») qui voit la ville de haut et comme elle voudrait « être un peu poète » elle crache des mots. Son grand âge autorise cet être de pierre issu des moraines à porter un regard à la fois aigu et distancié sur la ville.
De son écriture alerte elle donne à voir « l’homme en rade assis sur son carton » sur lequel se lit le mot fragile, la femme aux dreadlocks et piercings (certainement sorcière), le vieil homme devant la pharmacie, « le kebab d’en bas », « la prostituée du coin de la rue », le moineau mort qu’elle avait enfanté, « le monde des hommes (qui) n’est pas tendre »… Elle nous dit aussi ses rêves, son désir, la joie que lui procure la musique, les palpitations de son être au monde, sa relation à l’écriture depuis le silence qu’elle héberge. Comme en réponse à la volubilité de cette écriture, une autre, aussi brève et tendue qu’un jet de pierre, lui fait face qui prend distance sur son propos même.
» J’écris pour inventer un lieu où grimacer en paix », ce poème d’une ligne est le dernier de cette prosopopée qui reçut le prix du Bellovidère en 2025.