Emmanuel Moses, « Le voyageur amoureux »

Les 11 et 18 mai, à midi, au café-librairie l’Ivraie, nous lirons des extraits de
« Le voyageur amoureux » d’Emmanuel Moses, éditions Al Manar, 2014.
Le voyageur amoureux 1Né en 1959 à Casablanca, petite enfance à Paris puis en Israël, en1986 Emmanuel Moses revient en France où il vit aujourd’hui.
« Qu’on se le dise » : le recueil commence par une proclamation, une annonce de bateleur et comme l’indique le titre, il y sera question d’amour, d’un amour adressé parfois mais surtout d’un état d’amour du monde et de ses phénomènes.
Dans ces hymnes il arrive d’entendre des fragments de paraboles (« L’enfant demande à son père: c’est encore loin » ) ou de prophétie (« Heureux celui qui a vu la pleine lune au-dessus de la ville plantée comme un drapeau / Comme une échelle vers le monde du rêve ou de l’esprit »).
« Le monde apparaît et disparaît autour de moi / J’apparais et disparais au milieu de lui / Je suis pourtant ancré au milieu du monde » : planté en terre, le poète nous fait la courte échelle pour entrevoir « Toute une vie hors du monde », l’au-dedans de la vitre sur laquelle il dessine (« … il n’y a que les enfants et les poètes pour dessiner sur les vitres »). Il n’est pas surprenant de croiser Khayam et Hafez, les deux mystiques persans ou de percevoir des échos du Cantique des cantiques (« Une personne parle de l’âme qui désire son Dieu / Comme le chevreuil désire un cours d’eau ») : ce voyageur, par la vitre du poème me donne à éprouver le monde et à présumer d’un sens à ses phénomènes.

Cécile A. Holdban, « L’été »

Cécile A. Holdban, « L’été », éditions Al Manar,  2017. Des extraits de ce recueil seront lus les 30 mars et 13 avril 2019 par les Louiseuses (Stéphane Carn, Elen Le Trocquer, Bénédicte Maillard) au café-librairie l’Ivraie.
Cécile A. Holdban, « L’été » 2«  Je te prends par la main / nous traversons le jour trop clair, l’abreuvoir, les volets /de bois, la robe de fillette / et tu deviens qui je suis ». Dans le première partie qui donne son titre à l’ouvrage, je me plais à considérer que c’est l’été lui-même qui s’incarne dans ce « je » et s’adresse à l’autrice.
« j’avais une faim de bois, / de chevreuil, de course et d’aubier / et les forêts naissaient au galop de mon souffle ».
L’attitude contemplative et l’attention flottante qui guide l’écriture autorise toutes les métamorphoses : « pour extraire la douleur / terrée au fond de la gorge / on peut se transformer en ville côtière / aux ruelles étroites… ».
Si la saison d’été s’éclate dans ses splendeurs : « je suis en morceau / libre puisque je chante / éparpillée dans le cosmos / fragments de miroir plantés au ciel / les étoiles nous regardent enfin », elle nous rappelle que l’immensité peut aussi prendre soin de nous. Orphée, Dionysos et Osiris sont discrètement convoqués dans cette dernière stance d’un poème qui dit aussi « l’extase des corps transformés en jardins ».
Dans le reste de l’ouvrage, « Destination inconnue » est un recueil de pensées, de portraits, d’hommages et « Santas & Santos » raconte des moments de voyage en Équateur, « pays d’une seule saison ».
Chez Cécile A. Holdban, « l’inlassable langue qui parle » le fait dans la simplicité et l’économie du verbe et le lyrisme qui sonne toujours juste (« je me glisse nue / sous l’écorce de la nuit » ) nous maintient au plus près de l’émotion.
« À la grotte de San Pedro suspendue entre deux abîmes, / on vient à la tombée du soir éprouver le vertige / dans le serpent des torches sinuant vers le ciel, ». La langue ne décrit pas l’espace, elle le crée.

 

Au plumard Racine faisait de drôles de songes

 

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En off du Printemps de poètes, samedi 16 mars, à la Maison solidaire de Kermarron, L’association  Poèmes bleus , en partenariat avec la Maison solidaire de Kermarron et le collectif 30′ D’!NSOMN!E ont offert une lecture musicale d’un texte collectif composé à partir de phrases issues de séances de jeu de Tripot linguistique ©.
Sur chacune des 168 cartes de ce jeu est porté un mot et au hasard de la distribution les joueurs font des phrases. Certain(e)s joueur(se)s-monteur(se)s-ajusteur(se)s, dans la solitude de leurs ateliers, ont plaisir à les trier et les combiner.
Au collectif 30 minutes d’insomnie, avec Gérald Méreuze à la contrebasse et Jacques Vincent joueur-monteur-ajusteur et lecteur, s’est joint : Gérard Camoin, poète et comédien. Il fut question de « découvrir la beauté en la touchant » mais peut-être aussi la laideur « ou bien c’est le contraire ».
Un repas préparé par des adhérents de la Maison solidaire fut proposé après la représentation.
Association « Poèmes bleus » : https://www.poemes-bleus.org/
Maison solidaire de Kermarron, 29 Bis Rue Charles de Foucauld, 29100 Douarnenez, kermarron-maison-solidaire.fr/
Crédit photographique : Gérard Bouisseau

Jules Laforgue, « L’Imitation de Notre-Dame la lune » et « Des Fleurs de bonne volonté »

Les 2 et 16 mars, à midi au café-librairie l’Ivraie, nous lirons des extraits de  l’ouvrage publié en Poésie / Galllimard (2007).
J. LaforgueNé à Montevideo en 1860 d’un père et d’une mère française, Jules Laforgue arrive en France à l’âge de six ans. C’est en autodidacte qu’il se tourne vers la littérature. Lecteur auprès de l’impératrice allemande Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, il passe cinq années à Berlin avant de revenir à Paris où, atteint de phtisie, il mourra à l’âge de vingt sept ans. Il appartient au groupe dit des symbolistes.
Ses poèmes sont empreints du pessimisme et de la misogynie d’un Huysmans, colorés aux teintes de Courbet et parfumés d’humour mélancolique. Le temps y est météorologique avec des ciels bas de dimanches hivernaux.
Des formes telles que l’ode, la ballade, la complainte, la chanson, d’une métrique classique (alexandrins, octosyllabes, …) en rimes plates, croisées ou embrassées, sont souvent bousculées par l’utilisation d’expressions familières et de la langue parlée : « Tout n’en vient pas moins à la mort / y a pas de port ». C’est peut-être aussi de la fréquentation du Club de Hydropathes qu’il s’autorise allitérations burlesques (« Elle aime tant errer tard ») et calembours « Qui nous suivent […] ainsi que des Langes gardiens ».
Détours par l’humour et l’autodérision, les fantaisies d’un imaginaire en réplique à « Des Sphinx brouteurs d’ennui aux moustaches d’airain » et les jeux qui doivent leur goût à ceux de l’enfance (« […] qu’ils sont fous / Les albums ! et non incassables mes joujoux ! »), ne sont en rien des fuites et n’excluent ni la gravité ni la lucidité de leur auteur. « Mais peut-il être question / D’aller tirer des exemplaires / De son individu si on / N’en a pas une idée plus claire? ».
Aussi conformes à l’air de leur époque que soient certains poèmes de « L’Imitation de Notre-Dame la Lune », par-delà les influences traversées jusqu’aux vers libres dont on dit qu’il fut l’inventeur, l’écriture de Laforgue, est portée par une maîtrise alliée à une sincérité qui lui confèrent sa singularité.