Jean-Pierre Chambon, « L’écorce terrestre »

Les 11 et 25 janvier 2020, nous lirons des extraits de l’ouvrage édité en 2018 par Le Castor Astral.
Jean-Pierre Chambon, né en 1953, publie essentiellement de la poésie. Son recueil « Le roi errant  »  lui vaut en 1996 le prix Yvan Goll de la poésie francophone. Il co-dirige la revue de poésie Voix d’encre.
Jean-Pierre Chambo, "L'écore terrestre"Huit textes composent le recueil qui engagent tous l’œil, le sens de la vue. Le monde et ses phénomènes sont passés obstinément au crible du regard de l’écriture, l’œil d’un cyclope qui voudrait pénétrer toute matière, en défier la résistance : Ces visions au bord de l’évanouissement / attestent d’une lutte avec l’ange de la présence. Le regard creuse toute chose autant que ce qui s’écrit : c’est encore trop dire, approcher avec des images trop fermes ce qui échappe à tout contact. Exploration d’un champ de tournesol, d’une forêt incendiée ou d’une friche, industrielle, objets abandonnées, débris, poussières, ainsi entre-t-on dans les lieux du poèmes par l’humide et le sec. On y touche des matières qui transsudent, se dessèchent, brunissent, noircissent, s’altèrent, muent en s’extrayant de peaux successives. Même la pierre se délite sous l’effet de la répétition de son nom. De la vue à la vision, les choses se détachent de leur état et s’animent d’intentions et de gestes : … des méduses aux visages d’enfants viennent se nourrir du lait de la lumière … .
Dans cette écriture dont les mots désignent aussi bien les états et transformations des matières qui nous constituent, se lit l’ardent désir de connaître en se fondant dans l’objet de connaissance.

Denise Le Dantec, « La seconde augmentée »

Les 14 et 28 décembre, nous lirons des extraits de ce recueil paru en 2019 aux éditions Tarabuste.
Née à Morlaix en 1939, Denise Le Dantec est une auteur à l’œuvre multiple. Elle est écrivain (poésie, philosophie, romans), auteur de chansons pour Colette Magny, mais aussi peintre et a même réalisé un court-métrage.
La seconde augmentée, D. Le dantec« Bouquet. Poèmes. / L’échelle est à hauteur expressive. L’esprit naïf renaît ». Cueillis dans de multiples lexiques (il y a même un acronyme de la langue du web : « J’ai fait un spip ») les mots adviennent, se posent, lignes par lignes parfois soutenus par un point ou en brefs paragraphes. Ils s’ordonnent en bouquets. À l’autre, à soi-même, au lecteur, une adresse parfois : « 10 heures 30. Tu ne viendras pas. Je boirai seule mon vin ». « La poésie n’est pas un art de la métaphore » écrit-elle, pas de métaphores mais des aperçus, instants de langage manifestés, présence d’un souffle. « J’ouvre une phrase. Le monde est là. Une grande roue éclairée rouge », le monde se donne en même temps que la langue s’éprouve, dans l’énonciation. Comme chez Reverdy, la juxtaposition en formule l’énigme. « C’est le soir. Le jour a passé l’heure. Silence. Oubli. Rien n’est perdu / […] / La poésie vient parfois sans qu’on y mette la main. ».