Cécile A. Holdban, « L’été »

Cécile A. Holdban, « L’été », éditions Al Manar,  2017. Des extraits de ce recueil seront lus les 30 mars et 13 avril 2019 par les Louiseuses (Stéphane Carn, Elen Le Trocquer, Bénédicte Maillard) au café-librairie l’Ivraie.
Cécile A. Holdban, « L’été » 2«  Je te prends par la main / nous traversons le jour trop clair, l’abreuvoir, les volets /de bois, la robe de fillette / et tu deviens qui je suis ». Dans le première partie qui donne son titre à l’ouvrage, je me plais à considérer que c’est l’été lui-même qui s’incarne dans ce « je » et s’adresse à l’autrice.
« j’avais une faim de bois, / de chevreuil, de course et d’aubier / et les forêts naissaient au galop de mon souffle ».
L’attitude contemplative et l’attention flottante qui guide l’écriture autorise toutes les métamorphoses : « pour extraire la douleur / terrée au fond de la gorge / on peut se transformer en ville côtière / aux ruelles étroites… ».
Si la saison d’été s’éclate dans ses splendeurs : « je suis en morceau / libre puisque je chante / éparpillée dans le cosmos / fragments de miroir plantés au ciel / les étoiles nous regardent enfin », elle nous rappelle que l’immensité peut aussi prendre soin de nous. Orphée, Dionysos et Osiris sont discrètement convoqués dans cette dernière stance d’un poème qui dit aussi « l’extase des corps transformés en jardins ».
Dans le reste de l’ouvrage, « Destination inconnue » est un recueil de pensées, de portraits, d’hommages et « Santas & Santos » raconte des moments de voyage en Équateur, « pays d’une seule saison ».
Chez Cécile A. Holdban, « l’inlassable langue qui parle » le fait dans la simplicité et l’économie du verbe et le lyrisme qui sonne toujours juste (« je me glisse nue / sous l’écorce de la nuit » ) nous maintient au plus près de l’émotion.
« À la grotte de San Pedro suspendue entre deux abîmes, / on vient à la tombée du soir éprouver le vertige / dans le serpent des torches sinuant vers le ciel, ». La langue ne décrit pas l’espace, elle le crée.

 

Jules Laforgue, « L’Imitation de Notre-Dame la lune » et « Des Fleurs de bonne volonté »

Les 2 et 16 mars, à midi au café-librairie l’Ivraie, nous lirons des extraits de  l’ouvrage publié en Poésie / Galllimard (2007).
J. LaforgueNé à Montevideo en 1860 d’un père et d’une mère française, Jules Laforgue arrive en France à l’âge de six ans. C’est en autodidacte qu’il se tourne vers la littérature. Lecteur auprès de l’impératrice allemande Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, il passe cinq années à Berlin avant de revenir à Paris où, atteint de phtisie, il mourra à l’âge de vingt sept ans. Il appartient au groupe dit des symbolistes.
Ses poèmes sont empreints du pessimisme et de la misogynie d’un Huysmans, colorés aux teintes de Courbet et parfumés d’humour mélancolique. Le temps y est météorologique avec des ciels bas de dimanches hivernaux.
Des formes telles que l’ode, la ballade, la complainte, la chanson, d’une métrique classique (alexandrins, octosyllabes, …) en rimes plates, croisées ou embrassées, sont souvent bousculées par l’utilisation d’expressions familières et de la langue parlée : « Tout n’en vient pas moins à la mort / y a pas de port ». C’est peut-être aussi de la fréquentation du Club de Hydropathes qu’il s’autorise allitérations burlesques (« Elle aime tant errer tard ») et calembours « Qui nous suivent […] ainsi que des Langes gardiens ».
Détours par l’humour et l’autodérision, les fantaisies d’un imaginaire en réplique à « Des Sphinx brouteurs d’ennui aux moustaches d’airain » et les jeux qui doivent leur goût à ceux de l’enfance (« […] qu’ils sont fous / Les albums ! et non incassables mes joujoux ! »), ne sont en rien des fuites et n’excluent ni la gravité ni la lucidité de leur auteur. « Mais peut-il être question / D’aller tirer des exemplaires / De son individu si on / N’en a pas une idée plus claire? ».
Aussi conformes à l’air de leur époque que soient certains poèmes de « L’Imitation de Notre-Dame la Lune », par-delà les influences traversées jusqu’aux vers libres dont on dit qu’il fut l’inventeur, l’écriture de Laforgue, est portée par une maîtrise alliée à une sincérité qui lui confèrent sa singularité.

Lecture musicale à l’Ivraie

A-J LemonnierDimanche 17 février à 17 heures, sur l’invitation de « Poèmes bleus », Anne-José Lemonnier fera une lecture musicale de quelques extraits de ses ouvrages. Elle sera accompagnée par la contrebasse de Gérald Méreuze et la voix de Jacques Vincent.
Originaire d’Angers, Anne-José Lemonnier, est venue s’installer dans le Finistère au bord de l’océan, à Saint-Nic, entrée de la presqu’île de Crozon, où elle vit aujourd’hui. Elle exerce le métier de bibliothécaire. Le prix Georges Perros lui est attribué en 2005 pour « Falaise de proue ».
La plupart de ses ouvrages est publiée aux éditions Rougerie, « Polyphonie des saisons », dernier paru, l’est aux éditions Diabase.
Son écriture, en poésie ou en prose, qui laisse entre les lignes la part belle à la contemplation, donne au proche, au familier un goût d’éternité et à l’instant, les couleurs de l’infini : « Le temps a lavé la plage / longue et lisse de temps / qui recommence // […] //Et le mot vœu / laisse à nos lèvres / un goût d’étoile filante ». Dans ces deux stances extraites de « Gueule de poésie », chaque vers est comme une question qui vient frôler les origines avec l’air de ne pas y toucher.
« Un peu de rouille / dans les mots / gagne aussitôt / la feuille / blanche ».
Anne-José partage le présent de ses émerveillements en donnant matérialité aux mots qui les disent. Au-delà de la page, si on côtoie souvent le disparu, c’est dans la légèreté de l’accueil et jamais dans le regret. Lumière et temps y sont indissociables.
« Si ordinaire / le miracle / d’une minute / de jour en plus ».

La lecture, sur le fil mélodique de « Polyphonie des saisons » (éditions Diabase), sera aussi composée d’extraits de « Archives de neige », « Falaise de proue », « Gueule de poésie », « Une langue sauvage », « Les portes de la presqu’île » (tous des éditions Rougerie).

Crédit : Le bar à poèmes, http://www.barapoemes.net/

Marina Tsvetaeva, « Grands poèmes »

Les 2 et 16 février, à midi & demi, en partenariat avec l’association Poèmes bleus, nous lirons à l’Ivraie des extraits de « Grands poèmes » de Marina Tsvetaeva, traduit par Véronique Lossky et publié aux éditions des Syrtes en 2018. Galina Khlebik assurera la lecture en russe.

m. tsvetaeva 2Marina Ivanovna Tsvetaeva, née à Moscou en 1882 d’un père professeur d’université et d’une mère pianiste vit une enfance troublée par des conflits familiaux. Témoin de la révolution de 1917, elle mène une existence fantasque et douloureuse à la fois. Rentrée en URSS après quatorze années passées à Paris, elle est considérée comme suspecte par le régime Stalinien et ni elle ni son œuvre ne sont reconnues. Elle finira par se pendre en 1941 et ne sera réhabilitée qu’à partir des années 60.
Sa poésie narrative est faite de longs poèmes qui prennent source dans sa biographie et dans les récits légendaires. Les notes de la traductrice aident à en suivre des chemins d’autant plus accidentés que l’écriture syncopée multiplie les voix: formules laconiques, exclamations qui se chevauchent en successions d’apartés… Les poèmes, en lignes brèves, nous plongent au cœur de récits rendus parfois obscurs par cette absence de distance; écrits se voulant pour la voix, ils nous obligent à leur respiration. « […] le récit poétiques de Tsvetaeva doit être proféré. Andreï Bieley disait chanté », écrit Hélène Henry dans sa postface.
On est d’abord portés par la musique, comme conduits par celle du « Preneur de rats », puis ballotés d’une parenthèse à l’autre avant de revenir au cours du récit. « Chair entière de matière, / (Les comptes dans une reliure / En peau de chagrin) entière / Matière de la chair ». La traduction rend compte au mieux d’assonances et d’allitérations qui sont plus accentuées dans la langue russe.
Des similitudes de sons font trembler le sens, dériver les analogies mais telle une chorégraphe Marina maintient l’élan et l’unité du poème qui, par détournement du réel nous fait passer de l’autre côté des apparences, au sommet de la montagne, territoire de l’âme qui ne doit plus rien au réel.
« Dans cette maison, les fauteuils — des coursiers! / Ne pensent qu’à jeter bas leurs cavaliers / […] / Voilà à quoi pense le fauteuil, / En serrant son poing de lion! ».
« Tout poème et toute musique sont promesses d’une terre promise qui n’existe pas », écrit-elle à Boris Pasternak.