Myriam OH (Ould-Hamouda)

Myriam OH (Ould-Hamouda) qui anime des ateliers d’écriture est aussi une comédienne diseuse de ses propres textes.

Scènes d’intérieur sans vis-à-vis, éd. Lunatique, 2021.

Parce qu’écrits dans la langue du parler courant, ce recueil de textes est destiné à être dit ou lu à voix haute.
En témoin attentive des violences qu’imposent aux êtres notre système consumériste et de celles qu’ils s’imposent à eux-mêmes pour s’y adapter, Myriam OH dresse des portraits de femmes et d’hommes dont nous pourrions retrouver certains traits dans nos miroirs.
Viviane, camille, claire, alphonse, charles, jérémy et les autres prénoms sont seuls et noyés dans la masse. Prises ou pris dans la texture de leurs névroses, aucune majuscule ne distingue leurs prénoms des autres substantifs, à l’instar de viviane qui estime ne même pas la mériter.
Accidents de la vie, échecs, déceptions, envies insatisfaites les ont enfermé(e)s et souvent sapé leur estime d’eux-même comme richard qui « ne s’aime pas / mais de se déteste pas non plus » ou charles qui toute sa vie s’est plié au désir de réussite que son père avait pour lui ou encore laurence: « son truc à elle / c’est le théâtre / pourtant elle est comptable » mais « partir ou crever à feu doux il faut / choisir ».
Le témoignage de Myriam OH, s’il a parfois le détachement de l’humour, n’est jamais moqueur ou méprisant; elle aussi comme samir « a les mains dans le cambouis de l’existence ».

Myriam OH, Scènes d’intérieur sans vis-à-vis, éd. Lunatique, 2021.

Jean-Christophe Belleveaux

Jean-Christophe Belleveaux, né en 1958 à Nevers où il réside fut en grand voyageur.

L’imposture, Les carnets du dessert de lune, 2025.

« Ce livre propose néanmoins en quatre parties une énonciation du rapport intime au monde dans lequel s’inscrit toute posture poétique ainsi qu’un méta-texte, le rapport particulier à la langue étant indissociable de l’écriture poétique. » écrit J.-C. Belleveaux en fin d’ouvrage. Antonin Artaud nous avertit en incipit que « Toute l’écriture est de la cochonnerie » mais L’imposture est néanmoins encadrée.
Quatre parties donc, les deux premières en prose, en vers les deux dernières. Dans chacune revient incessamment la question du réel et de sa représentation par l’écriture, l’un et l’autre toujours mis en doute, la langue pouvant parfois leur inventer un espace commun (« je farfouille à la lisière de l’anacoluthe »). Ce doute qui est aussi moteur de la philosophie s’en prend autant au je « insupportable » qu’à la poésie elle-même « reconnue comme telle par on ne sait qui ». Ce doute me serait à moi-même insupportable s’il n’était emporté par une écriture tellement musicale qui donne toute sa mesure dans de jubilatoires énumérations et qui ouvre un monde dans lequel « ainsi bancales, les choses sont plus belles ».
À l’instar de Denis Heudré le préfacier de ce livre, je souhaite que l’imposture qu’est cette présentation vous le fasse aimer.

Jean-Christophe Belleveaux, L’imposture, Les carnets du dessert de lune, 2025.

Charlotte Monégier

Née en 1979, Charlotte Monégier est aussi romancière et auteur de nouvelles.

Voyage(s), éditions Lunatique, 2021.

« Un pied dans la terre, l’autre dans l’océan. / Le reste du corps vole comme un cormoran. »
J’entendis un jour un auteur (j’ai oublié qui) parler du grand corps de l’écrivain. Celui de Charlotte Monégier qui a parcouru le monde et qui y revient ici en évocations est immense. Les poèmes de ce recueil qui débute comme un conte (« C’était une nuit d’Afrique du Sud ») ne sont pas des notes de voyage mais les étapes précisément localisées d’une errance libérée de la gravité à travers la fenêtre de la rêverie « Et cette fenêtre donnerait sur la mer ».
Voler, voguer, flotter, monter, descendre, le ciel, l’océan, la marée,… Le mouvement de l’écriture fait entendre des paysages, des fragments de récits, des adresses à un amour, des révélations (« Je passerais ma vie à me faire transporter »). Bravant la pesanteur (« …il m’était lourd / D’être rattachée au monde »), un désir aux dimensions océaniques anime l’écriture qui ouvre « la fenêtre inexistante qui donne sur la mer ». Dès lors « Devenir la terre / Devenir le feu / S’habiller d’absence, d’incandescence » deviennent possible.

Charlotte Monégier, Voyage(s), éditions Lunatique, 2021.