Étienne Paulin

Étienne Paulin, né à Angers en 1977, vit dans le Finistère.

Le Bourriquet Vlan-Vlan, éditions Henry, 2024.

Ce recueil de poèmes en prose s’inscrit dans une tradition littéraire héritière de Dionysos, passant par les fatrasies du moyen-âge, Tristan Tzara, Philippe Soupault, Benjamin Péret, Lewis Carol, Max Jacob, Henri Michaux, Roland Dubillard (pour ne citer qu’eux).
« ça cloche, n’aspire qu’à s’effondrer », nous révèle l’auteur dans Art poétique en page 21. « ça cloche, n’aspire qu’à s’effondrer », et pourtant le poème est là, sur la page, devant moi. Pour le poète qui ignore encore où ses premiers mots vont le conduire, chaque poème est une aventure. Le poète n’est pas « au service d’une autre vérité que celle qui est à découvrir » écrivait Milan Kundera dans L’Art du roman.
Je suis conquis par la liberté prise dans ces lignes qui, semées de graines de déraison, prennent place entre rêve et conscience et ne sont soumises peut-être qu’aux seules raisons de la musique qui les anime. « Alors tout est possible » et si me gagne un élan jubilatoire à la lecture des énonciations saugrenues, des coquecigrues, des allitérations aux allures de virelangues (« le tout fielleux Frédo, le beau-frère »), c’est parce que « On grandit mal, c’est une aubaine ». Pour l’enfant qui s’autorise, « tout peut s’écrire ».

Étienne Paulin, Le Bourriquet Vlan-Vlan, éditions Henry, 2024.

Agnès Clancier

Née en 1963, Agnès Clancier est poète et romancière.

Outback, disent-ils, éditions Henry, 2024.

Du même foyer que nos plus lointains ascendants se sont détachés plusieurs petits groupes. Ceux dont nous sommes issus finirent par choisir de soumettre, de s’approprier, de bâtir des murailles. D’autres ont choisi de se « tenir dépositaires de la terre et des nuages ». Les aborigènes d’Australie font partie de ceux-là. Répartis en de nombreuses tribus nomades, ils ont longtemps vécus sur ce territoire immense et aride dit « Outback » aujourd’hui par les descendants de l’autre groupe. Ce long poème épique en trois parties et soixante et quinze chants leur donne voix pour conter leur histoire depuis les « commencements immobiles ». Les humains, noirs « pour les distinguer des plantes et du ciel » n’ont pas pouvoir sur le reste de la création à laquelle ils sont intimement liés. La succession des chants  nous dit leurs usages, leurs savoirs, les relations qu’ils entretiennent avec leur territoire, avec les morts, les chasses, les combats, les rites, « les énigmes du désert, / la source des naissances », tout ce qui participe à faire « que la vie de toutes choses, des plantes et des bêtes / perdure et nous réponde ». Le « Rêve » sera balayé par la venue d’ « étrangers au langage de cette terre ». Si « maintenant des peuples ont disparus », leur héritage spirituel reste vivant; dans le dernier chant qui s’intitule « Vous avez besoin de nous », on peut lire: « La terre ne mourra pas de vos crimes, / l’arbre sacré perce le bitume ».

Agnès Clancier, Outback, disent-ils, éditions Henry, 2024.

Jean Azarel

Né en 1954 à Montréal, Jean Azarel réside aujourd’hui en Finistère.

Trois couleurs mer, L’Ail des ours, 2024.

« Ce serait donc ça la poésie » est le premier vers du premier et du dernier poème du recueil, manifestations d’un étonnement qui ne s’épuise pas.
Les mots claquent comme les vagues qui se brisent sur les rochers du Cap Sizun dans lesquelles « tu captes les râles mystérieux / des miséreux que les puissants / ont envoyé mourir à la guerre ». Attentive à saisir les rumeurs et les mouvements de cette fin de terre qu’elle célèbre, l’écriture, est alerte. S’y épanouissent les callunes, les panicauts, les genêts, toutes plantes de la lande. Y résonne la puissance onirique des toponymes: pointe de Castelmeur, Eckmül, Esquibien, Raz de Sein. Les mots se rencontrent pour sonner en allitérations (« La côte découpe a capella / des dentelles mélancoliques ») et même s’accorder en contrepèterie (« Là où finit la terre / se prennent des bolées / de voix vertes ») pour surmonter la boucaille qui peut arroser cette terre salée où « Les muses cornent à la brume »..
En fin de ce recueil illustré par des dessins de Georges Le Bayon, deux poèmes en hommage à deux écrivains, amis disparus de l’auteur: Joseph Ponthus et Alain Jégou.

Jean Azarel,Trois couleurs mer, L’Ail des ours, 2024.