Aldo Qureshi

Né en 1975, Aldo Qureshi vit dans la Nièvre.

Ground zero, Atelier de l’agneau, 2024.

Ce « Ground zero » nous fait passer de l’autre côté du miroir déformant. Un appartement s’y développe à la façon d’un organisme vivant jusqu’à atteindre la taille d’un ville. Un serveur vocal énumère une liste interminable de motivations d’appels. Un culturiste voulant impressionner les amies de sa femme distribue des comédons. Un cabas révèle son étonnant contenu. Une femme décide de transformer son mari en tapis. Un drone de la Caisse d’allocation familiale pratique une euthanasie. Des reins extraits de leurs poches se laissent caresser et même lécher. Un Mister Freez gèle tout ce qu’il approche. L’auteur est covoituré par le propriétaire d’une « Majorette rouge avec des roues en plastique ». Paraissent des « ciseaux moléculaires » et tant d’autres phénomènes anamorphosés tous de nature nettement hyperbolique. Il arrive même que les textes se libèrent totalement des titres qui les annoncent!
L’écriture d’Aldo Qureshi s’inscrit dans une fraternité de l’absurde: Kafka, Ionesko, Topor, Arrabal, Michaux, Beckett et même Lewis Caroll se sont penchés sur son berceau. Les poèmes, pour la plupart en vers, commencent par une minuscule et s’achèvent sans point final comme pour leur laisser peut-être une chance de muter.

Aldo Queshi, Ground zero, Atelier de l’agneau, 2024.

Céline De-Saër

Céline De-Saër, diplômée en lettres modernes, formatrice, anime des ateliers d’écriture.

La veine des étoiles phonétiques, Atelier de l’agneau, 2024.

« Pus ou moins obéir à ce qui est interdit / Le désert en ligne de mire derrière nous, / la mer en ligne de mire devant nous. ».
Ce qui est écrit dans l’espace et le temps entre les deux, ce long poème est le voyage même. Voyage en pays intérieur à l’écoute des voix invisibles dans la matière de la nuit, accompli les yeux fermés pour mieux voir, dirigé vers « cet autre côté de la nuit ». L’écriture m’évoque l’ascension d’une paroi dans une économie du souffle où chaque mot, chaque syntagme est un prise conquise vers « La langue bleue des étoiles ».
« Je continue à tenter ce que je sais perdu » écrit-elle dans un questionnement métaphysique. Il y a la mort, la perte, le « mal à la tête dans le ventre » mais la détermination et le courage ne cèdent à la plainte pas plus qu’à l’âpreté de la route et aux séductions du lyrisme, même si « Il manquera toujours les mots des autres mots: / ceux qui n’existent pas ».

Céline De-Saër, La veine des étoiles phonétiques, Atelier de l’agneau, 2024.

Éric Desordre

Éric Desordre est originaire de Toulouse où il vit.

Le feu au gorille, éditions Unicité, 2021.

«  C’est pourtant bien d’une aventure qu’il s’agit, avec ses rencontres qui ne doivent rien au hasard, ses séquences obligées, son déroulement espéré. On y retrouve les délices de l’enfance et la quête métaphysique de la maturité. ». Ces premières phrases de l’ouvrage guideront la lecture.
Le recueil se compose de cinq parties titrées Hommes, bêtes, Arbres, Nourritures, Dieux: une tentative de mettre quelque ordre dans le monde visible et invisible en s’en tenant à l’essentiel. Un des rôles qui pourrait être dévolu à la poésie. Chaque ensemble est annoncé par une photographie prise par l’auteur d’un fragment de la matière du monde suivie de pavés de prose en italique, extraits de journaux de bord, qui relatent, décrivent, se déploient en pensées et qui précèdent des digressions de poèmes en vers libres pour « Un bout de chemin ensemble ». L’écriture de ces derniers est surtout une écriture de l’œil, de ses déplacements, le verbe en est souvent absent. « Chemise blanche à manches courtes pantalon noir / Cintré / Aux pattes étroites / Pipe / Plantes / Eaux bruissantes ». Les ellipses convoquent notre imaginaire. Sont véhiculés sans débordement des fragments de réalité mais aussi de mémoire, d’anciennes émotions. Les tableaux se succèdent, scènes de voyages, conversations, paysages, rencontres, portraits, avec humour parfois et auto-dérision. Le dernier poème, portrait de Hanuman, touchante divinité du panthéon hindouiste à l’apparence d’un singe, s’achève par une citation d’un proverbe hindou: « les singes ne pleurent jamais sur eux-mêmes / Il pleurent sur les autres ».

Éric Desordre, Le feu au gorille, éditions Unicité, 2021.