Brigitte Mouchel

Née en 1959, Brigitte Mouchel, est aussi plasticienne.

déplier les silences, éd. Isabelle Sauvage, 2022.

« revenant — venant de loin, du fond des cartons, des mémoires par des chemin creux, des échappées — et ensuite, et encore ».
Ainsi débute ce recueil de textes qui mettent en scène une femme, troisième personne du singulier en quête dans sa généalogie de « quelque chose qui aide d’où on vient ».
Brigitte Mouchel poursuit ici son inlassable travail de fouille dansLa la mémoire. Photographies, lettres, faire-part, confidences sont porteurs d’indices que la poussière produite par le mouvement des générations, alliances, mariages, naissances, morts, départs n’a pas totalement recouverts. Elle les associe pour établir des reconstitutions sous formes de tableaux épars qui mettent à jour des parcelles de la vie des femmes, des hommes, des enfants de son ascendance.
L’écriture se déploie à la manière d’une rêverie faite de surgissements juxtaposés, de tessons de mémoires que séparent des tirets longs, sans soucis de continuité narrative: « les cailloux blancs sont restés au fond des poches ». La démarche se rapproche de son travail de plasticienne qui reconstruit des espace par collages de fragments.

Brigitte Mouchel, déplier les silences, éd. Isabelle Sauvage, 2022.

Lionel Lathuille

Né en 1971, Lionel Lathuille vit en région Rhône-Alpes. Il associe parfois écriture et pratiques plastiques.

Ici commence, La rumeur libre, 2025.

« On rit de toutes les tentatives accumulées pour s’extraire de soi Pour se mâcher Se cracher // Pour s’accoucher par la bouche » écrit Lionel Lathuille en presque fin d’ouvrage, passant d’une troisième personne du singulier qui allait « devenir le livre qu’il n’a pas encore écrit » à un pronom impersonnel qui prend distance sur ses tentatives. Ici d’où il écrit, il nous rend témoin du chemin de gestation qui s’opère sous nos yeux, autorisant tout surgissement, tout possible étonnement. Les cinq parties du livre sont ponctuées de fac-simile de dessins de l’auteur. L’adverbe Ici, revenant en anaphore, rythme et élance le débit des mots qu’activent parfois des injonctions: Sois ta révolte, Ne cherche pas, Monte, Commence, Défais, creuse, Conteste, Fais jouer, lance, lâche, oublie, Donne,… Commencement mis en mouvement « sous l’ordre du désir » qui « défie la mort ». Écriture en action animée par « l’incendie de vivre », quête aussi de lucidité. L’auteur, dans un entretien en fin d’ouvrage, parle d’une « plongée pour cueillir ce qui vient à moi »; sa poésie sonore « cherche son vocabulaire dans / le granit le calcaire le tuf l’aubier la glaise l’humus ». Diseur de ses propres textes, il mord les mots pour nous les faire entendre « et le paysage grandira ».

Lionel Lathuille, Ici commence, La rumeur libre, 2025.

Jean-Christophe Belleveaux

Jean-Christophe Belleveaux, né en 1958 à Nevers où il réside fut en grand voyageur.

L’imposture, Les carnets du dessert de lune, 2025.

« Ce livre propose néanmoins en quatre parties une énonciation du rapport intime au monde dans lequel s’inscrit toute posture poétique ainsi qu’un méta-texte, le rapport particulier à la langue étant indissociable de l’écriture poétique. » écrit J.-C. Belleveaux en fin d’ouvrage. Antonin Artaud nous avertit en incipit que « Toute l’écriture est de la cochonnerie » mais L’imposture est néanmoins encadrée.
Quatre parties donc, les deux premières en prose, en vers les deux dernières. Dans chacune revient incessamment la question du réel et de sa représentation par l’écriture, l’un et l’autre toujours mis en doute, la langue pouvant parfois leur inventer un espace commun (« je farfouille à la lisière de l’anacoluthe »). Ce doute qui est aussi moteur de la philosophie s’en prend autant au je « insupportable » qu’à la poésie elle-même « reconnue comme telle par on ne sait qui ». Ce doute me serait à moi-même insupportable s’il n’était emporté par une écriture tellement musicale qui donne toute sa mesure dans de jubilatoires énumérations et qui ouvre un monde dans lequel « ainsi bancales, les choses sont plus belles ».
À l’instar de Denis Heudré le préfacier de ce livre, je souhaite que l’imposture qu’est cette présentation vous le fasse aimer.

Jean-Christophe Belleveaux, L’imposture, Les carnets du dessert de lune, 2025.