Ryokan

« le moine fou est de retour », traduit par Cheng Wing Fu et Hervé Collet, éditions Moundarren, 1988.

« Qui dit que mes poèmes sont des poèmes / mes poèmes ne sont pas des poèmes / si vous comprenez que mes poèmes ne sont pas des poèmes / nous pourrons alors parler de poésie ».
Ryokan ( bon et bienveillant ) de son nom de moine auquel il attacha le sobriquet de Taigu ( grand fou ) qu’on lui donnera par moquerie, est né au Japon en 1758 et mort en 1831. Calligraphe et poète, il appartenait à la branche Soto du bouddhisme Zen qui s’en tient à la méditation assise comme principale pratique. S’éloignant des intrigues et des honneurs des monastères et de la vie littéraire, il se retira pour une moitié de sa vie dans l’ermitage de Gogo an (des cinq mesures de riz).
Ce recueil, est une chronique de la vie simple qu’il a choisi de mener à Gogo an.
« dans mon bol solitaire / le riz de mille familles / une robe en tissu, mon corps est léger / rassasié, rien de spécial à faire / allègre, je vieillis sereinement ».
Ses poèmes, écrits en chinois, ne sont pas un enseignement ( il a toujours refusé les disciples ) mais simples témoignages d’une vie conforme à la transmission du Bouddha Shakyamuni, vie comparable à celle, aussi légendaire de François d’Assise. Ils évoquent le paysage et tout ce qui advient comme l’ennui (« dans ma hutte montagnarde, les jours et les mois sont longs »), comme l’ébriété ( « toute la journée, sans rien à faire, / nous buvons du saké face aux montagnes en riant généreusement »).
Les sons de la nature remplacent les cloches et les tambours des temples, les froissements de robes des officiants, pour résonner dans un espace intérieur immense.
« La pluie a cessé, des gouttes tombent encore / à ce moment-là mon sentiment est extraordinaire / vaste, immense, connu de moi seul ».
Ce « clochard céleste » , conscient du contexte politique et social dans lequel il vivait, se définit lui-même comme « un homme oisif à une époque de paix ».
Si, de son vivant, il eut une notoriété de calligraphe, ses poèmes ne furent connus qu’après sa mort. Teishin, une jeune nonne dont il fut aimé et qu’il aima à la fin de sa vie se chargea de les collecter et de les faire publier.

Clémentine Mélois

Clémentine Mélois, « Sinon j’oublie »,
Éditions Grasset 2017

Née en 1980, artiste plasticienne et écrivaine, membre de l’Oulipo depuis 2017, enseigne l’édition à l’École supérieure des Beaux-arts de Nîmes. Elle fait également partie de l’équipe « Des Papous dans la tête », émission de France-Culture.
Glaneuse de listes de courses tombées sur les trottoirs ou le fond des Caddy®, elle étudie les indices dont ils sont porteurs : supports, graphies, orthographe, nature de la liste, pour former des personnages qu’elle baptise et fait monologuer. Les pages paires livrent le fac-similé de la liste (un poème déjà), les impaires le texte surmonté du prénom de l’imaginaire auteur. Ces petits moments de prose se jouent des langages auxquels la langue donne lieu et nous renvoient, en en moquant les traits, aux candeurs et aux maladresses de notre propre humanité. Si les flèches sont parfois cruelles, les personnage après tout lui appartiennent.

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & montage: Jacques Vincent.

Victor Hugo

V. Hugo, Les contemplations

Extraits des la lectures des « Contemplations » des 2 et 16 juin 2018 à la librairie l’Ivraie, autorisation de publication transmise par intermédiaire médiumnique.
Présentations à l’Ivraie les 2 et 16 juin 2018: Victor Hugo, « Les contemplations », éditions Poésie/Gallimard.

Victor Hugo (1797, 1885) appartient au « romantisme », mouvement dont il incarnera toutes les mutations.
Les contemplations, composé à Jersey et paru en 1856 est un recueil-testament dont les poèmes, de prosodie classique, s’inscrivent dans une continuité. L’histoire d’une âme y est relatée en deux parties: Autrefois et  Aujourd’hui. Aux idylles et contemplations panthéistes teintées de mélancolies (« Oh! que ne suis-je encore le rêveur d’autrefois, / qui s’égarait dans l’herbe et les prés et les bois ») succède une plongée dans l’ombre. « Rêveur sacré », le poète s’aventure dans des abysses, par la « bouche d’ombre » converse avec les esprits pour établir un pont entre le cosmos et l’intime. Il s’achemine en interrogeant toute la création pour donner figure à Dieu, se conformant en cela à l’idée romantique du poète-prophète (« Depuis quatre ans, j’habite un tourbillon d’écume, / Ce livre en a jailli. Dieu dictait, j’écrivais « ).
« Hélas! j’ai fouillé tout. J’ai voulu voir le fond / Pourquoi le mal en nous avec le bien profond ». Au sortir de ce chemin initiatique, dépouillé du poids de la quête, « Le contempleur, triste et meurtri, mais serein, / […] / … regarde pensif, s’étoiler de rayons, / De clartés, de lueurs vaguement enflammées, / le gouffre monstrueux plein d’énormes fumées. » Derniers vers, image fantastique d’où on verra paraître le vingtième siècle.

J. Vincent