Annie Wallois

Originaire du Pas de Calais, Annie Wallois vit à Tourcoing et pratique la lecture publique pour faire découvrir la poésie des autres.

Comme on s’assure du sol, éditions Henry, 2022.

Cette méditation sur un parcours de vie nous inclut. Elle se déroule en quatre parties dont la première dresse un constat sur ce qui nous rassemble (« Nous pétrissons l’air de nos formes changeantes ») et nous sépare (« Tant de nous / Assis aux portes de l’abondance »), ce qui rapproche (« On couve en soi un œuf ignoré ») et ce qui nous encombre (« Comme si on y était toujours / Pour quelque chose / Un peu »).
Dans la deuxième partie « On ouvre la fenêtre / Et c’est l’espace qu’on libère », avec les oiseaux, les arbres, le ciel, le vent; « Le vif instant » y prend sa place lorsque paraît « Un collier de fines grues » et « Dans l’inertie de l’instant / Se fabriquent les lointains ».
La troisième partie du recueil se nourrit d’évocations de moments d’enfance de l’autrice quand « Poules et coqs l’ont vue grandir / Dans le vent de l’Artois ». Elle nous fait voir « Une coccinelle sur l’ortie », toucher d’une « petite main » le froid de la neige et sentir « l’odeur du foin ».
La quatrième partie où « L’hiver n’a pas blanchi les souvenirs » est au présent des mots « Qui se posent sur les sentiers autrefois martelés ».
Si la pensée qui guide ces vers est pleine de gravité, l’écriture qui la dit avec grâce s’ancre dans un territoire d’émotions. « Je », séparé du pluriel, devient sujet du dernier poème : « Je décide en oiseau // Si je ne trouve pas (le chemin) dans la jungle des mots / je le lirai peut-être dans le feu continu d’un regard »; l’espoir qui luit est en l’autre.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture et mise en son: Jacques Vincent.

Jean Le Boël

Né en 1948, Jean Le Boël, poète est aussi romancier et essayiste.

Jusqu’au jour, éditions Henry, 2019.

Chants méditatifs qui prennent source dans l’enfance, dans « un pays d’ombres douces ». L’auteur d’ascendance rurale s’incarne dans un « je » mais surtout dans un « nous » auquel il se vit étroitement lié (« en nos corps habitent les ancêtres ») et auquel il s’adresse comme à lui-même et à nous tous dont il ne s’exclut pas, se considérant aussi comme acteur de ce « monde absurde / … / où personne ne voit venir / la vipère qui se défend / et mord le talon des jeunes femmes » – pas même le poète. Dans ces vers qui parlent « de pommes et de tâches peineuses / de bêtes lourdes », évoquent des gens dont les « visages s’effacent sur les photographies » et qu’on avait persuadés « que la terre était trop basse », j’entends parfois au loin la voix de Jean Follain. Conduites par « le désir [qui] s’accroche aux herbes folles », il y a certes une mélancolie dans ces lignes qui sont comme ces «  objets de rien dans une coupelle / [que] / parfois notre main / tendrement effleure », ces poèmes sont à toucher autant qu’ils touchent et en eux se lit toujours et « partout la vie obstinée ». De ce monde « qui en voit la beauté / sinon nous »?

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mis en son: Jacques Vincent.

Claudine Bertrand

Claudine Bertrand, poète québécoise, née en 1948, participe activement au rayonnement international de la poésie francophone.

Fleurs d’orage, éditions Henry, 2015.

« La foudre a frappé / … / il ne cesse de pleuvoir »: c’est le feu en allitération qui marque le début de pages qui vont s’écouler, vives, en vagues de quatrains entre des rochers de citations de Roland Giguère, autre poète québécois cité en tête de recueil, mort en 2003, qui fut l’ainé de Claudine Bertrand et dont la présence stimule l’avancée de ces lignes en mouvement. Les quatre parties de ce recueil de poèmes en quatre stances de quatre vers encadrent une dérive rêveuse qui aspire à « Pénétrer le fond du vivre » en des mots qui « cherchent en vain / la langue des origines ». Outre Roland Giguère à qui s’adressent souvent l’auteur, autant qu’à elle-même et à ses lecteurs, on y croise Homère (« le poète aveugle ») et Rimbaud.
« Entends-tu la marée / ses hauts ses bas / et le vent de l’alizée / qui frappent à la tempe »
Je me laisse conduire par la fluidité de cette langue (sa musique) sur laquelle brûle des « voyelles flambantes », autant que par ses opacités qui ressurgiront dans le « silence volubile » quand ma voix leur donnera raison.

Claudine Bertrand, Fleurs d’orage, éditions Henry, 2015.