Philippe Jaccottet

Né le 30 juin 1925 à Moudon en Suisse, Philippe Jaccottet est mort le 24 février 2021 à Grignan.

Le dernier livre des madrigaux, Gallimard, 2021.

Ce livre posthume est composé de poèmes écrits en 1984 où quelques mêmes motifs se répondent en échos. Il commence par une rêverie à l’écoute de Claudio Monteverdi, probablement La lettra amorosa comme le suppose Christian Travaux dans un article de Poesibao du 29 mars 2021*. Ce fut l’occasion pour moi de découvrir la musique de Monteverdi et de participer à ce « baptême de la longue nuit d’été ».
Puis paraît un chariot que j’imagine dans la campagne toscane, « à travers les collines colorées de l’été », qui va rejoindre celui du ciel où chacun pourra « se gorger d’étoiles mures », émotion suscitée par la « beauté du monde » inséparable de sa douleur. Est invité plus loin « le vieux forgeron de volutes et de flammes », incarnation selon Christian Travaux de Claudio Monteverdi et on le comprend dans la partie II du recueil où « les ruisseaux se sont éveillés », musique encore, en présence d’un été « trop fuyant » quand « Tous les blés flambent »; le feu, métaphore de la musique, de l’émotion qu’elle éveille comme la poésie « dans la jubilation de la lumière ». Une lumière qui ne serait « pas seulement du ciel » éclaire ces madrigaux intemporels où flotte l’ombre transparente d’Orphée.
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Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: jacques Vincent.

Antonella Fiori

Antonella Fiori vit à Marseille elle enseigne le français et anime des ateliers d’écriture.

Tenir le pas gagné, éditions de l’Aigrette, 2022.

« Ma relation avec la ville est d’abord une expérience corporelle », oui Antonella « écrit avec ses pieds » et ce recueil nous donne à lire ses expériences d’arpenteuse de sa ville de Marseille qu’elle explore jusque dans les recoins oubliés où pousse la vipérine. Chaque poème est un assemblage de fragments en prose, en vers quelques fois, enregistrements de scènes, de paysages ou de rêves, énonciations de pensées dans une écriture elle-même en déambulation. Si la vue y est première, tous les sens sont convoqués dans ces parcours qui, à l’instar du plasticien Richard Long qu’elle cite, font la marche traceuse de formes. Antonella Fiori m’apprend au passage l’origine de l’expression prendre son pied.
Des vers en anglais accompagnent parfois le cheminement des poèmes dont chacun est titré d’un verbe à l’infinitif: traverser, habiter, prendre, … sollicitations qui maintiennent l’avancée comme l’annonce le titre à double sens du recueil. Pas est aussi le mot du refus, risquant l’équilibre pour poser le pas suivant comme l’ont fait des hommes en Tanzanie « il y a 3 700 000 ans ».
« Très tôt, j’ai su que rompre avec ses ancêtres, avec sa langue et son pays est une épreuve terrible ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Jacques Vincent

Jacques Vincent, né à Nîmes en 1950 vit à Douarnenez.

Le parti-pris des songes, anthologie Triages, Tarabuste, 2022.

Intégré à une anthologie qui inclut trois autres ensembles de textes de Géraldine Geay, Jean-Claude Leroy et Véronica Michel, ce Parti-pris des songes est le recueil des poèmes en prose d’un piéton graphomane promenant « un carnet renifleur qui se saisit des mots en l’air ». Il relate ces instants qui nous sont, comme l’écrit Emmanuel Moses dans le Voyageur amoureux « des isthmes de rêve au cœur de la réalité, des lagunes de réalité au cœur du rêve ». En ces fragments parfois teintés d’humour mélancolique nous croisons différents personnages: deux ectoplasmes, André Breton, Orphée, Dieu, des guerriers nyctalopes, des lémuriens…; différents objets ou phénomènes aussi comme un incendie, une averse dorée, un chapeau sur la tombe d’un peintre superstitieux, un tableau abstrait, des vagues,…
« J’ai pris l’autre chemin. Quelques mots restent collés à mes semelles », quelques mots seulement dont l’économie laisse large place à nos évocations. Étape dans les déambulations de l’écriture, cet aveu de l’auteur: « je vais devoir m’en remettre au songe pour reprendre le voyage, retrouver dans les compartiments l’enfant qui m’accompagnait », l’enfant heureusement retrouvé.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mis en son: Jacques Vincent.