Né à Nîmes en 1950, Jacques Vincent vit à Douarnenez.
Mémographies, éditions Henry, 2024.

Jacques Vincent aime jouer. Ce recueil nous le rappelle dès son titre qui convoque la mémoire, mais nous prévient que la matière de son livre est un roman. Décidément, les frontières sont ténues, à commencer par celles qui voudraient distinguer invention et fidélité, fiction et réalité.
L’auteur le sait bien : un poème ne fait que réécrire. L’écriture première est passée, vague, lointaine. Tout ce que nous pouvons faire, c’est tamiser les mots avec nos souvenirs dans l’espoir de saisir, sans la moindre certitude, une ou deux bribes de ce que nous avons vécu.
Les mots de Mémographies (Roman) sont simples, presque banals, obstinément fidèles à ce vers de Jacques Réda dans son recueil La Tourne :
« Ce que j’ai voulu c’est garder les mots de tout le monde »
C’est à partir de ce matériau – aussi pauvre qu’illimité – que le poète, avec patience et humilité, tisse ses poèmes. La plupart sont courts et tirent justement leur grâce de leur économie, de ce qu’ils taisent. Rien de trop ici, et l’impact, le mystère n’en sont que plus vifs. Jacques Vincent parvient à rendre universels des souvenirs qui n’appartiennent qu’à lui ; seule la poésie peut à mon sens accomplir ce genre de miracle.
Étienne Paulin





