Jean-Christophe Belleveaux

Jean-Christophe Belleveaux, né en 1958 à Nevers où il réside fut en grand voyageur.

L’imposture, Les carnets du dessert de lune, 2025.

« Ce livre propose néanmoins en quatre parties une énonciation du rapport intime au monde dans lequel s’inscrit toute posture poétique ainsi qu’un méta-texte, le rapport particulier à la langue étant indissociable de l’écriture poétique. » écrit J.-C. Belleveaux en fin d’ouvrage. Antonin Artaud nous avertit en incipit que « Toute l’écriture est de la cochonnerie » mais L’imposture est néanmoins encadrée.
Quatre parties donc, les deux premières en prose, en vers les deux dernières. Dans chacune revient incessamment la question du réel et de sa représentation par l’écriture, l’un et l’autre toujours mis en doute, la langue pouvant parfois leur inventer un espace commun (« je farfouille à la lisière de l’anacoluthe »). Ce doute qui est aussi moteur de la philosophie s’en prend autant au je « insupportable » qu’à la poésie elle-même « reconnue comme telle par on ne sait qui ». Ce doute me serait à moi-même insupportable s’il n’était emporté par une écriture tellement musicale qui donne toute sa mesure dans de jubilatoires énumérations et qui ouvre un monde dans lequel « ainsi bancales, les choses sont plus belles ».
À l’instar de Denis Heudré le préfacier de ce livre, je souhaite que l’imposture qu’est cette présentation vous le fasse aimer.

Jean-Christophe Belleveaux, L’imposture, Les carnets du dessert de lune, 2025.

Charlotte Monégier

Née en 1979, Charlotte Monégier est aussi romancière et auteur de nouvelles.

Voyage(s), éditions Lunatique, 2021.

« Un pied dans la terre, l’autre dans l’océan. / Le reste du corps vole comme un cormoran. »
J’entendis un jour un auteur (j’ai oublié qui) parler du grand corps de l’écrivain. Celui de Charlotte Monégier qui a parcouru le monde et qui y revient ici en évocations est immense. Les poèmes de ce recueil qui débute comme un conte (« C’était une nuit d’Afrique du Sud ») ne sont pas des notes de voyage mais les étapes précisément localisées d’une errance libérée de la gravité à travers la fenêtre de la rêverie « Et cette fenêtre donnerait sur la mer ».
Voler, voguer, flotter, monter, descendre, le ciel, l’océan, la marée,… Le mouvement de l’écriture fait entendre des paysages, des fragments de récits, des adresses à un amour, des révélations (« Je passerais ma vie à me faire transporter »). Bravant la pesanteur (« …il m’était lourd / D’être rattachée au monde »), un désir aux dimensions océaniques anime l’écriture qui ouvre « la fenêtre inexistante qui donne sur la mer ». Dès lors « Devenir la terre / Devenir le feu / S’habiller d’absence, d’incandescence » deviennent possible.

Charlotte Monégier, Voyage(s), éditions Lunatique, 2021.

Salah Al Hamdani

Salah Al Hamdani, né à Bagdad en 1951, opposant à la dictature de Saddam Hussein a choisi la France comme terre d’asile.

Le veilleur, éditions du Cygne, 2019.

La figure de l’exil irrigue l’écriture de ce veilleur qui s’adresse à lui-même en ce long poème. « Qu’est-ce que l’exil? », la question revient en anaphore éveillant de multiples réponses qui agrègent de nouvelles questions. Le poème se propage de métaphores en métaphores comme un incendie attisé par une déploration récurrente: « Comme la lune est loin derrière le verger / Comme ton visage est loin dans la guerre ». Si souvent le veilleur s’assoit « entre les jambes croisées du soir » pour écouter « les sauterelles de l’enfance », prie le « Seigneur de la tempête » de lui ramener « l’odeur de l’Euphrate », il « frappe (aussi) dans le songe / à une porte qui ne s’ouvre jamais ».
Les jours de celui pour qui l’exil est un « Pays où le poème reste un projet de complot » cheminent « d’un cahier à l’autre ». L’écriture conjure la mélancolie:
« Parce que je suis un palmier apatride / je veux reconstruire le matin disloqué dans l’abîme ».

Salah Al Hamdani, Le veilleur, éditions du Cygne, 2019.