Né à Nîmes en 1950, vit aujourd’hui dans le Finistère.
Les passagers, éditions Folle Avoine, 2020.
Étienne Faure a écrit dans Poezibao (extrait): Il y a d’abord la voix de Jacques Vincent, celle qui dit en public les textes des autres avec talent et générosité. Des textes lus régulièrement à voix haute avec une attention si singulière qu’elle sert souvent de révélateur pour leurs auteurs contemporains. Chaque semaine, avec la complicité de la librairie de Douarnenez L’ivraie -actif lieu d’accueil et de découverte des poètes et des écrivains-, nous sommes invités à retrouver les lectures de Jacques Vincent sur le site du collectif 30 minutes d’Insomnie. Et c’est cette même voix, alerte et attentive, qu’on retrouve dans « Les passagers », dernier recueil signé par Jacques Vincent aux éditions Folle avoine (La Petite Bibliothèque, juin 2021). Quoi d’étonnant que le livre s’ouvre, précisément, par cette entrée en vocalises, cette entrée en matière tout en écho à ces lectures : Vous m’entendez là? C’est mieux avec ou sans ? Oui vous m’entendez, alors ça va sans micro Moi je préfère Lire la suite dans Poezibao
Extraits. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze. Lecture & mise en son: Jacques Vincent
Un homme se meurt. Un artiste sur un lit d’hôpital. La douleur. Le besoin de s’accrocher à la vie. Alors il dessine. Toute la journée il dessine une chaise. Toujours la même chaise multipliée dans un trait qui se fait de plus en plus malhabile. Drôle de chose que cette chaise en paille. Fragilité de la paille et en même temps symbole de stabilité. Allongé dans son lit l’artiste voit cette chaise comme un espoir. Sortir d’ici pour s’asseoir devant le chevalet. Pour ne pas se laisser prendre par la nuit. Cet homme c’est Roberto Cedrón, peintre et sculpteur, mais aussi marionnettiste, comédien, metteur en scène et décorateur de cinéma argentin, ayant fui vers la France la dictature des généraux et ayant vécu à Douarnenez où il poursuivit ses activités de peintre affichiste et graveur jusqu’à sa mort en 2018. Un homme se meurt et ses amis viennent le voir, dont Jacques Vincent, architecte de formation, puis graphiste, illustrateur et enseignant en art appliqués. La poésie et la pratique de l’écriture sont constantes sur son parcours. Alors, lors de ses visites à l’hôpital au chevet de son ami, il note ce qu’il voit, ce qu’il ressent. Il sait la mort proche. Il saisit chaque instant dans la dignité et sans larmoiements.
Un autre ami, Philémon Le Guyader, créateur des éditions RAZ éditions, décide de regrouper les textes de Jacques Vincent et les chaises de Roberto Cedrón pour en faire un ouvrage-hommage. Si Jacques Vincent est l’auteur du texte et Roberto Cedròn l’illustrateur, ce sont les mots les véritables illustrateurs de cet ouvrage. Les mots qui dépeignent parfaitement le sursaut de vie qui anima Roberto Cedrón à la fin de ses jours. « Attendre que le corps épuisé puisse les gestes du dessin. La main, avant l’outil, apprécie le grain du papier – sa main dit-on – arpente le territoire pour en prendre la mesure. » Bien sûr, il y a l’émotion de la fin de vie. « Il me remercie pour ma visite. Je le remercie à mon tour pour ce qu’il me donne. Sans savoir quoi ajouter je le laisse à son sommeil. » « Si un dessein se dessine c’est pour en changer » et pour cela on s’accroche aux détails du quotidien. Une chaise peut bien faire l’affaire, elle qui dit le repos, le visiteur, les gestes du menuisier et du vannier qui l’ont fabriqué. La chaise, cet « infime territoire où tout redevient possible ». Cette image peut tout aussi bien convenir à la poésie de Jacques Vincent. Cet ouvrage est un bel hommage à l’amitié. Si tous les malades en fin de vie pouvaient tous être aussi bien accompagnés…