
L’auteur qui est aussi éditeur, nous dit avec impertinence la fin de vie de quelques poètes.
« Espèce de vierge folle / tu t’es barré de Londres / me laissant sans le sou »
Enregistrement publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

L’auteur qui est aussi éditeur, nous dit avec impertinence la fin de vie de quelques poètes.
« Espèce de vierge folle / tu t’es barré de Londres / me laissant sans le sou »
Enregistrement publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

« De la poussière sur vos cils », Éditions la tête à l’envers, 2015.
Né en 1964, mort en 2018, Julien Bosc, écrivain, metteur en scène de théâtre, anthropologue, poète, vivait dans la Creuse où il fonda les éditions « Le phare du Cousseix ».
Un récitant, une femme et un homme qui dialoguent, un coryphée : dispositif d’une tragédie en trois actes qui a pour décor le pré recouvrant les ruines d’un ancien camp d’extermination. Les deux personnages, jamais nommés s’interrogent mutuellement, en quête d’une mémoire enfouie, retenue comme à l’intérieur d’une pierre. Un mur, une porte, un arbre, une fenêtre, «un cahier d’écolier à petit carreaux », autant d’éléments concrets sortis de l’oubli qui se révèlent tout en retenant leur part de secret.
« — Comment pourrions-nous oublier, où trouverions-nous le droit d’oublier ce que nous ne pouvons raconter. »
Ce double mouvement avec des temporalités qui se chevauchent et un contexte restant floue, confère au récit une étrangeté qui protège du caractère innommable des évènements auxquels il fait référence. Ce qui est relaté pourrait être une fiction si par ce livre que nous tenons nous ne touchions pas le « cahier d’écolier à petit carreaux ».
Jacques Vincent
Extrait d’une lecture en public à l’Abri du marin, enregistrement publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Contrebasse: Gérald Méreuze, lectrice: Stéphanie Stein, lecteur: Jacques Vincent.

« Somnambule de jour », Éditions Poésie / Gallimard, 2016.
Née en 1928 au Luxembourg où elle vit, Anise Koltz écrit d’abord en allemand puis en français. Elle reçoit en 2018 le prix Goncourt de la poésie.
« Somnambule de jour », sous le sous-titre « Poèmes choisis », regroupe des extraits de plusieurs ensembles déjà publiés depuis 1966.
« Je suis un messager / sans message / un chanteur ambulant / sans chanson ».
Une pensée chemine au gré d’instants de vie, des questions sont posées en poèmes brefs à la légèreté de papillons auxquelles répondent parfois des aphorismes. Une poésie traversée d’ « antiques rumeurs bibliques », qui met en doute ce qu’on touche , voit et vit : « La vie travestie / en liberté / invente les mirages / de notre quotidien ». Elle creuse en quête d’un sens jamais atteint, « le monde reste sans réponse », désigne ses propres paradoxes : « lorsque j’écris / pour rendre visible / l’invisible // le visible / devient invisible », cependant, « Dans ce monde / démuni de sens / le langage est notre ultime refuge ».
Témoin des années qui s’écoulent, le soleil et souvent convoqué et Dieu, avec la distance de l’impertinence : « Le septième jour / Dieu s’assoupit // La terre tremble toujours / de ses ronflements ».
Plusieurs poèmes sont adressés à René, son mari mort prématurément à la suite des tortures auxquelles l’avaient soumis les nazis. Ce qui garde la poète du désespoir face à l’abîme, c’est la certitude que « notre langue est sacrée », à protéger et veiller « comme un feu qui ne doit jamais s’éteindre » mais c’est aussi l’humour qui flotte dans l’ensemble de l’œuvre : « Nous marchons sans repères / suspendus au monde / par une épingle de sureté », image qui pourrait surgir d’un dessin animé de Tex Avery.
« Il [ le poème ] veille à ce que le rêve subsiste // Même à quelques instants / de la fin de monde ».
Jacques Vincent
Extraits lus par « Les Louiseuses » : Elen Le Trocquer et Bénédicte Maillard, avec la contrebasse de Gérald Méreuze.