Werner Lambersy

Werner Lambersy, poète belge né en 1941 est mort à Paris le 18 octobre 2021.

« In angulo cum libro », Al Manar, 2015.

« Je me suis mis / devant l’immense / et regardai / des deux côtés ». De ce coin où il se trouve avec un livre, aussi loin que porte son regard, l’auteur dresse un état des lieux. Le poème, le monde, l’âme, le désir, le ciel, les morts, les femmes, les poissons, les oiseaux, le corps, la chair, le ciel, l’horizon, les étoiles, « l’univers [qui] n’oublie rien » et bien d’autres phénomènes encore qui, dans un élan de lucidité, impriment leur rumeur persistante dans « l’acouphène du poème ».
L’écriture en lignes brèves, peu de syllabes, rejets créant syncopes, allitérations, « avec du silence / sur le papier / de soie du souffle » rythme les poèmes et leur communique une vigoureuse énergie.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Michel Bourçon

Michel Bourçon, né en 1963 vit à Nevers.

Les rues pluvieuses n’iront pas qu ciel, Les Carnets du dessert de lune, 2014.

« peut-être parlons-nous seulement / pour nous évader du corps / fuir l’espace où l’on s’absente. »
Pas de première personne du singulier dans ce recueil qui déroule ses poèmes en un continuum de séquences juxtaposées comme sur une bobine de pellicule. Le temps y prend sa place, celui qu’il fait mais aussi celui des horloges aux « lendemains identiques » où « la vie sans trouver de sens / se maintient en composant sans trop penser », le temps du « mal de vivre ». Il y a surtout, détaché du temps des saisons, le surgissement de l’instant dans sa puissance d’émerveillement; un nuage s’écarte et « …dans l’embellie / le sourire du jour / dépasse de son masque », l’aperçu d’un rouge-gorge, « joie de rencontre » ou une libellule qui se pose sur la main. Si « une présence noire / [qui] importune le temps » se manifeste, le temps de ce recueil reste celui, immobile, du premier regard sur le monde, « aucun nuage n’alourdit le ciel / de ce monde prêt à éclore ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: jacques Vincent.

Ludovic Degroote

Ludovic Degroote né en 1958 vit dans la région lilloise.

« La digue », éditions Unes, 2018.

« Lieu de passage où rien ne se passe, la digue c’est dans ce temps-là qu’on y va », cette chaussée en impasse est lieu d’introspection. « Ni vraiment dehors ni dedans totalement, on s’échappe de tout sans sortir de rien ».
Les brèves séquences de prose se succèdent en vagues écrites comme on se parle à soi-même. Le pronom personnel « on », indéfini et collectif m’entraîne à tâtons dans un dedans peuplé de « choses [qui] n’ont pas deux fois le même goût », paysage intime à consistance matérielle, « on s’émiette, on s’éboule, ça se construit ». Je chemine comme dans un labyrinthe de glaces vers « là seul où c’est bon d’être soi, où on l’est enfin » peut-être, « On a du mal à se sentir, on a jamais vécu en dehors de soi », quidam parfois burlesque balloté de paradoxes en paradoxes, « on a tous des soucis et tous une tête à mettre autour ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.