Antonella Fiori

Antonella Fiori vit à Marseille elle enseigne le français et anime des ateliers d’écriture.

Tenir le pas gagné, éditions de l’Aigrette, 2022.

« Ma relation avec la ville est d’abord une expérience corporelle », oui Antonella « écrit avec ses pieds » et ce recueil nous donne à lire ses expériences d’arpenteuse de sa ville de Marseille qu’elle explore jusque dans les recoins oubliés où pousse la vipérine. Chaque poème est un assemblage de fragments en prose, en vers quelques fois, enregistrements de scènes, de paysages ou de rêves, énonciations de pensées dans une écriture elle-même en déambulation. Si la vue y est première, tous les sens sont convoqués dans ces parcours qui, à l’instar du plasticien Richard Long qu’elle cite, font la marche traceuse de formes. Antonella Fiori m’apprend au passage l’origine de l’expression prendre son pied.
Des vers en anglais accompagnent parfois le cheminement des poèmes dont chacun est titré d’un verbe à l’infinitif: traverser, habiter, prendre, … sollicitations qui maintiennent l’avancée comme l’annonce le titre à double sens du recueil. Pas est aussi le mot du refus, risquant l’équilibre pour poser le pas suivant comme l’ont fait des hommes en Tanzanie « il y a 3 700 000 ans ».
« Très tôt, j’ai su que rompre avec ses ancêtres, avec sa langue et son pays est une épreuve terrible ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Jacques Vincent

Jacques Vincent, né à Nîmes en 1950 vit à Douarnenez.

Le parti-pris des songes, anthologie Triages, Tarabuste, 2022.

Intégré à une anthologie qui inclut trois autres ensembles de textes de Géraldine Geay, Jean-Claude Leroy et Véronica Michel, ce Parti-pris des songes est le recueil des poèmes en prose d’un piéton graphomane promenant « un carnet renifleur qui se saisit des mots en l’air ». Il relate ces instants qui nous sont, comme l’écrit Emmanuel Moses dans le Voyageur amoureux « des isthmes de rêve au cœur de la réalité, des lagunes de réalité au cœur du rêve ». En ces fragments parfois teintés d’humour mélancolique nous croisons différents personnages: deux ectoplasmes, André Breton, Orphée, Dieu, des guerriers nyctalopes, des lémuriens…; différents objets ou phénomènes aussi comme un incendie, une averse dorée, un chapeau sur la tombe d’un peintre superstitieux, un tableau abstrait, des vagues,…
« J’ai pris l’autre chemin. Quelques mots restent collés à mes semelles », quelques mots seulement dont l’économie laisse large place à nos évocations. Étape dans les déambulations de l’écriture, cet aveu de l’auteur: « je vais devoir m’en remettre au songe pour reprendre le voyage, retrouver dans les compartiments l’enfant qui m’accompagnait », l’enfant heureusement retrouvé.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mis en son: Jacques Vincent.

Claude Favre

Claude Favre « a égaré sa biographie ».

Sur l’échelle danser, Série discrète, 2021.

« Marcher n’aller nulle part, marcher longtemps, marcher avec les mots des autres, contre l’essoufflement, … », cela, c’est la danse de Claude sur l’échelle planétaire qu’elle parcourt en correspondante de guerre, dans l’urgence de dire toutes souffrances de victimes, rendant compte de faits « Dans plusieurs mondes à la fois », qui viennent rarement nous toucher autrement que par la presse écrite ou les images du JT. Claude, elle, en saigne. Elle se fait médium, « Par autre chose que soi-même traversé » pour les accueillir en empathie et « Danser, se délester de tous ces corps en nous, danser de tous ces corps enclos ».
L’écriture inquiète, à la syntaxe chahutée, truffée de barbarismes, est faite d’éclats aigus assemblés en mosaïque autour de « jardins d’autrui » (ainsi désigne-t-elle les citations). Elle est ponctuée de verbes isolés qui restent à l’infinitif, sans sujet ou plutôt sujets invisibles, personnes en fuite ou en errance; à la toile de leurs récits se mêle le fil de l’histoire et des colères de l’auteure.
Dans la dernière page de l’opuscule avec l’inquiétude « rôde la panthère de Dante ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: jacques Vincent.