Claudine Bohi

Née en 1947, Claudine Bohi vit entre Paris, Strasbourg et Saint-Pierre-des-Champs dans l’Aude.

Point fixe, L’Ail des ours, 2025.

Le « Point fixe », en aéronautique, désigne le temps de vérification des fonctionnements de l’appareil qui rendront possible le décollage.
« C’est un point au-dedans / pourtant il est ailleurs ». Pour Claudine Bohi, le poème est moyen d’exploration qui creuse ici ce que définit la géométrie comme la plus petite portion d’espace concevable.
Le texte s’accompagne de monotypes aux teintes contrastées d’une vigoureuse matérialité de Germain Roesz et Anne Slacik.
« c’est une immensité contenue là », cette intuition d’un lieu intime qui accueillerait tous les contraires prend existence avec l’apparition des mots qui le qualifient. L’objet invisible acquiert une présence, « il te protège // il te donne la force ». L’adresse va autant de l’auteur à elle-même qu’au lecteur que je suis. La poète m’accompagne dans la reconnaissance en moi de ce refuge si inconnu et si familier où je me rassemble, qui est à l’origine de mon être même: « sans lui tu te défais / tu te déconstruis // tu n’es plus là ».
Le poème qui donne à éprouver ce Point fixe qui a quelque accointance avec le Tao vient toucher une essentielle mémoire archaïque et découvre « une paix de sable sous la lune », ouvre la voie au possible.

Claudine Bohi, Point fixe, L’Ail des ours, 2025.


Claudine Bohi

Claudine Bohi, "naître c'est longtemps"

« Naître c’est longtemps », éditions La tête à l’envers, 2018. Extrait publié avec les aimables autorisation de l’auteur et de l’éditeur
Agrégée de lettres, Claudine Bohi est née en 1947. L’ouvrage présenté vient d’obtenir le prix Mallarmé (2019).
Étrange tournure grammaticale du titre : un verbe qualifié par un adverbe ou identique à un adverbe. L’un se métamorphose, se conjugue, l’autre est invariable. Déjà des questions qui aiguillent (aiguillonnent) sur les mots et la langue. Ce texte n’est « pas un discours » mais un acte en train de s’accomplir, une parole qui creuse, fouille, mouvement intime et mesuré en quête d’un sens irrigant la chair de la langue. Parcours intérieur en spirale qui va « [d’]une douleur /  si loin plantée », les deux premiers vers, jusqu’aux deux derniers : « une bouche de chair / qui mange le silence ». L’ouvrage est découpé en cinq sections qui vont et reviennent sur les mêmes lieux.
« poème est souvenir  / qui roule vers l’avant /  qui ouvre ce qui viendra // poème en surprend le passage ».
Surgis du blanc de l’oubli, se forment les vocables entendus par l’oreille interne pour se poser en signes sur la peau de la page (« c’est rouge en dessous »). L’écriture inquiète, et attentive, au présent de son apparition, avance en tâtonnant dans le blanc comme dans un brouillard neigeux, éprouvant le rayonnement du mot qui advient, elle fouille. En lignes brèves, un seul mot parfois, « à creuser la langue », le poème s’extirpe, se met en scène dans sa dramaturgie typographique, comme naissant à tenter de toucher son origine.

Jacques Vincent

Extrait publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur.
Contrebasse: Gérald Méreuze, Lecture: Jacques Vincent.

Editions le Dé bleu / l’Idée bleue, 2004