Louise Labé

Extait de la lecture de décembre 18. Lectrice invitées Stéphane Carn, Bénédicte Maillard et Elen Le Trocquer : Les Louiseuses.

Louise Labé,« Œuvres complètes », éditions GF Flammarion, 2004.

Louise Labé, née en 1524 à Lyon est morte en 1566 à Parcieux-en-Dombes. Elle aurait été l’épouse d’un riche marchand de cordes lyonnais et femme de culture, guidée par l’ardente envie de savoirs qui animait la Renaissance. Tournée vers l’Italie, dont elle connaissait la langue ainsi que le latin, elle aurait appartenu au groupe dit de l’école lyonnaise.
Certaines thèses soutiennent qu’elle aurait été un être de fiction, une imposture montée par un groupe de poètes conduit par Maurice Scève.
Que la Belle Cordière soit de chair ou de papier, l’œuvre, de prose et de vers, n’en demeure pas moins savamment organisée.
En introduction, une lettre à l’une de ses amies, comme elle vertueuse Dame Lyonnoise (au XVIème siècle était vertueux qui avait du caractère), insiste sur l’importance de l’étude des lettres et des sciences ( … l‘estude laisse un contentement de soi, qui nous demeure plus longuement ) et sur la nécessité pour les femmes de s’y adonner ( … les hommes mettront plus de peine et d’estude aux sciences vertueuses, de peur qu’ils n’aient honte de voir précéder celles, desquelles ils ont prétendu estre toujours supérieurs quasi en tout ).
Vient ensuite le Débat de Folie et d’Amour, dialogue entre deux divinités à la suite duquel Amour sera rendu aveugle et qui sera relayé dans les quatre discours suivants par Vénus et Jupiter, Apollon et Mercure. Ces deux allégories sont représentantes l’une, selon la théorie néo-platonicienne, du moteur de l’Univers, garant de son harmonie, l’autre de l’irrépressible désir de connaître. À la fin du dernier discours le débat restera ouvert.
Les parties lyriques sont constituées de trois élégies en décasyllabes et rimes plates et vingt quatre sonnets en décasyllabes, à rimes embrassées dont le premier, rédigé en italien annonce la parenté avec l’écriture de Pétrarque. Dans cette partie, ayant intériorisé les deux protagonistes du Débat, en guise de démonstration, elle se met elle-même en scène suivant une dramaturgie qui, des plaintes de l’amante délaissée après avoir accueilli le désir de l’ami, monologue en déclinant ses tourments et finit par une adresse au lecteur et une mise en garde.
L’écriture intense et maîtrisée ( car même lorsqu’elle veut dire la confusion, ce qui dit manifeste pleinement ce qui est dit : O beaux yeux bruns, ô regard destournez / […] / O ris, ô fronts, cheveux, bras mains et dois ) et la cohérence d’ensemble de l’œuvre, pour modeste qu’elle soit n’autorise pas à voir en Louise Labé une Bovary de la Renaissance comme une lecture distraite de quelques sonnets pourrait le faire percevoir.

Julio Cortázar

Extrait de la lecture de novembre  2018 publié avec l’aimable autorisation des éditions Corti http://www.jose-corti.fr/. 

Cortázar

Crépuscule d’automne de Julio Cortázar, éditions Corti, traduction de Silvia Baron Supervielle, 2014.
Fils d’un diplomate argentin, Julio Cortázar né en Belgique, passe une partie de sa vie dans la banlieue de Buenos Aires, puis, opposé au péronisme, émigre à Paris en 1951. Employé à l’UNESCO comme traducteur, il accède à la nationalité française en 1981, trois ans avant sa mort. Comme Cesar Vallejo, il est enterré au cimetière Montparnasse.
Surtout connu pour ses nouvelles et ses romans à l’étrange humour, avec Crépuscule d’automne l’auteur compose un recueil testamentaire qui mêle étroitement prose et poésie. Les « poèmes […] comme de vieilles et fidéles photographies » sont regroupés selon un ordre qui ne doit rien à la chronologie mais aux mouvements d’une pensée rêveuse et digressante.
« Et je sais aussi que je suis ce que je rêve et que je rêve ce que je suis ».
Les proses qui accompagnent les poèmes en précisent parfois les circonstances, comme dans le Journal d’hiver du poète japonais Bashó auquel, pour le titre, est empruntée la dernière ligne d’un de ses haïku (« Ô ce chemin / plus personne ne le parcourt / crépuscule d’automne »).
D’autres fois, ces textes sont des commentaires sur la manière dont l’ouvrage se construit. « Je sépare des feuilles de cahiers et de chemises, je jette celles qui ne me disent rien, je joue avec un hasard où le temps et les humeurs bondissent comme les pièces d’un puzzle bouleversé ».
Parfois aussi se glissent des auto-critiques : « …’Glauque gong d’antique grâce’ […] Il faut le faire comme on dit par ici » ou des critiques de Polanco et Calac ces deux doubles de l’auteur.
Les poèmes (méopes, péomes ou prosèmes) quant à eux « …tels qu’ils étaient […] gardaient dans leurs petits bocaux de ludions le noyau le plus personnel qu’il me serait jamais donné d’écrire ». Ils convoquent le banal, le familier, Buenos Aires, les femmes aimées, la mélancolie amoureuse, le double, le temps, l’humour, la mythologie, le tabac, le whisky, etc. et se plaisent souvent à adopter en toute liberté la forme convenue du sonnet.
« …je commence à m’amuser, au moins il n’y aura aucun risque de solennité en tout ceci ». Ce tout ceci, éclairé par le goût du jeu, dessine une manière de récit.

Verónica González Arredondo

Extrait des lectures d’octobre 2018 au café-librairie l’Ivraie, publié avec l’aimable autorisation des éditions RAZ https://razeditions.jimdo.com/

V. González Arredondo

« Je ne suis pas ce corps » de Verónica González Arredondo, , traductrice Élise Person, éditions RAZ.
L’autrice, née en 1984 à Guanajuato au Mexique, enseigne la philosophie et l’histoire des idées à l’Université autonome de Zacatecas.
« Je ne suis pas ce corps » est un recueil de poèmes regroupés en neuf ensembles qui prêtent voix à des « disparues », mortes assassinées, suppliciées, démembrées, échouées.
Un corps / visage / lèvres / enterré sous le sel: / notre nom. Dans la rage d’arracher jusqu’au nom qui les firent exister, leurs restes furent noyés au fond de l’océan ou répandus dans le désert . La bête m’a tirée par les pieds / agrippée à mes ongles / grimpée sur mon dos / on m’a dit : ne t’endors pas / mais personne n’a précisé : / ne rêve pas. De vers et de prose, le souffle de l’écriture de Verónica González Arredondo autorise ces rêves.
Le souvenir des images et des propos de « Nostalgie de la lumière » et « Le bouton de nacre », films du réalisateur chilien Patricio Guzmán ont accompagné ma lecture de cet ouvrage qui obtint en 2014 le prix national de poésie López Velarde.