Albertine Benedetto

« Sous le signe des oiseaux », éditions L’Ail des ours, 2021.

Albertine Benedetto qui vit à Hyère reçut le prix Jean Follain en 2018 pour son livre « Le présent des bêtes » (éditions Al Manar, 2016).
Ce recueil ponctué de quelques vifs dessins au pinceau encré de Renaud Allirand est une promenade dans un paysage de mouvements et de sons où « les oiseaux ordonnent le matin / d’un écheveau subtil / que l’oreille démêle peu à peu / sourde à tous les autres sons ». J’ai lu ces poèmes comme des lettres que m’aurait adressées Albertine Benedetto depuis les espaces qu’elle parcourt en suivant la « cartographie » du chant des oiseaux.
Si paraissent quelques considérations sur nos indélicatesses de « Prométhées de pacotille » ou d’ « ogres / prêts à ingérer / la terre entière », l’auteur se laisse traverser, s’abandonne à ces paysages sonores et mouvants, aux chants « sur l’envers de la nuit » et « ainsi le souffle du poème / secoue / l’ombre collée à nos souliers ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture et mise en son: Jacques Vincent.

Étienne Faure

Né en 1960, vit à Paris

Vol en V, éditions Gallimard, 2022.

« C’est à pied, pas à pas qu’on mesure / l’exactitude des souvenirs… »
Tous les poèmes de ce recueil, s’ils font partie d’un ensemble différent ont en commun leur forme: une longue phrase cheminant ligne par ligne qui s’achève sur un point final suivi d’un titre en italiques posé non comme un départ mais comme un retour, un atterrissage.
« En traversant la rue de Prague à Paris / m’est revenu le souvenir d’un hiver / arpenté à pas de loup sur la neige, vieux tissu / issue d’un temps où l’Europe était muette, / cousue en un grand damassé de langues, »
Le regard ambulant de l’auteur voyage par glissements analogiques à travers territoires et saisons de la mémoire dont l’écriture rend compte avec minutie. Si « passer c’est penser à la vitesse des pas », Étienne Faure s’applique à « noter la phrase avant qu’elle s’envole » pour la donner en partage au lecteur, invite à éprouver une respiration incitant à « ralentir le pas pour voir plus de choses ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Andrée Chedid

« Rythmes », éditions Poésie / Gallimard, 2018.

Andrée Chedid née en 1920 au Caire, vécut au Liban puis à Paris où elle meurt en 2011.
« Tout débuta / Dans l’arythmie / Le chaos », les trois premiers vers de ce recueil désignent ce Tout de l’oiseau à l’homme qui « inventa la fable » et « La parole / [qui] Nous entraîne / Vers nulle part / Vers partout ». Ce livre est composé de sept ensembles dont le premier, éponyme du titre, est reformulation d’une Génèse qui, à l’instar de la poésie, s’origine dans le rythme. Il recueille les écrits d’une femme qui, sans hâte, « [s’]acclimate / À l’immanence / De la nuit », embrasse et célèbre la vie dans sa totalité, accueillant généreusement « l’instant / Tantôt ennemi / Tantôt ami », la vie qui « S’invente loin des horloges / Des usages des saisons ».
Hors de tout mysticisme, animée par une insatiable soif de sens, ses mots nous invitent à considérer dans un même mouvement la finitude et l’infini. « Je n’ai plus d’âge / Je suis au présent / Je vise l’inexploré », ces poèmes sont l’expression d’une jeunesse éternelle qui n’a de cesse de poser des questions et de s’émerveiller, « Jamais de fin / À nos émerveillements ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.