Pierre Albert-Birot

« Poésie », éditions Rougerie, 1992.

Pierre Albert-Birot est né à Angoulème en 1876 et mort à Paris en 1967.
« On est au milieu de tout et tout autour en même temps / Au milieu et tout autour de soi ». Oui, au milieu, c’est là que se situe PAB, en plein milieu de l’effervescence de son époque qu’il célèbre avec humour et allégresse. Dans ses chroniques de la vie culturelle et quotidienne on croise Apollinaire, Blaise Cendrars, Max jacob, Jean Cocteau, … Sa poésie alerte, abreuvée à la source de Dada, aussi visuelle que sonore est annonciatrice de mouvements futurs qui se prendront bien plus au sérieux que lui ne le faisait. PAB explore les formes comme le ferait un enfant, en « poète inconvenant ». « Peuples marchez sur la tête ventre des idées / Autos du pauvre à mille cylindres / Crevaison des vies pneumatiques ».
L’article défini du sous-titre « le livre des poèmes » présente l’objet comme unique, témoin du parcours d’un auteur, qui fut aussi homme de labeur, soucieux par sa revue SIC (sens, idées, couleurs) de faire rayonner la poésie de ses amis, ceux déjà cités mais aussi Aragon, Reverdy, Soupault, Tzara, Follain et j’en oublie. Rougerie, éditeur et imprimeur lui rend un bel hommage.
Associé au mouvement espérantiste, il en apprit la langue et certains poèmes de « Petites proses » sont des traductions de textes originellement écrits en espéranto.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Werner Lambersy

Werner Lambersy, poète belge né en 1941 est mort à Paris le 18 octobre 2021.

« In angulo cum libro », Al Manar, 2015.

« Je me suis mis / devant l’immense / et regardai / des deux côtés ». De ce coin où il se trouve avec un livre, aussi loin que porte son regard, l’auteur dresse un état des lieux. Le poème, le monde, l’âme, le désir, le ciel, les morts, les femmes, les poissons, les oiseaux, le corps, la chair, le ciel, l’horizon, les étoiles, « l’univers [qui] n’oublie rien » et bien d’autres phénomènes encore qui, dans un élan de lucidité, impriment leur rumeur persistante dans « l’acouphène du poème ».
L’écriture en lignes brèves, peu de syllabes, rejets créant syncopes, allitérations, « avec du silence / sur le papier / de soie du souffle » rythme les poèmes et leur communique une vigoureuse énergie.

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Michel Bourçon

Michel Bourçon, né en 1963 vit à Nevers.

Les rues pluvieuses n’iront pas qu ciel, Les Carnets du dessert de lune, 2014.

« peut-être parlons-nous seulement / pour nous évader du corps / fuir l’espace où l’on s’absente. »
Pas de première personne du singulier dans ce recueil qui déroule ses poèmes en un continuum de séquences juxtaposées comme sur une bobine de pellicule. Le temps y prend sa place, celui qu’il fait mais aussi celui des horloges aux « lendemains identiques » où « la vie sans trouver de sens / se maintient en composant sans trop penser », le temps du « mal de vivre ». Il y a surtout, détaché du temps des saisons, le surgissement de l’instant dans sa puissance d’émerveillement; un nuage s’écarte et « …dans l’embellie / le sourire du jour / dépasse de son masque », l’aperçu d’un rouge-gorge, « joie de rencontre » ou une libellule qui se pose sur la main. Si « une présence noire / [qui] importune le temps » se manifeste, le temps de ce recueil reste celui, immobile, du premier regard sur le monde, « aucun nuage n’alourdit le ciel / de ce monde prêt à éclore ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: jacques Vincent.