Jean Sénac

Jean Sénac

Jean Sénac, Œuvres poétiques, éditions Acte Sud (2019).
Né en 1926 à Beni Saf en Algérie d’une mère d’origine catalane et de père inconnu. Créateur ou co-créateur de trois revues : Soleil, Terrasses et Novembre, metteur en ondes à Radio Alger, il participe à la fondation de l’Union des écrivains algériens. Jean Sénac est mort assassiné le 30 août 1973 à Alger. Ce meurtre demeure non élucidé.
Le recueil publié par Acte Sud est une re-édition de celui, épuisé, de 1999, il regroupe des poèmes qui jusqu’alors étaient éparpillés dans des revues, d’autres recueils ou encore inédits. La disposition chronologique renseigne la biographie de l’auteur d’éducation catholique qui prend fait et cause pour l’indépendance de son pays et pour la révolution socialiste qu’il chantera dans des poèmes partisans. Proclamant son homosexualité, il chantera aussi l’amour des hommes. Plus tard, engagé dans l’opposition à Houari Boumédiène, les émissions de radio qu’il animait lui seront interdites et on lui refusera la nationalité algérienne qu’il avait demandée. Dès lors il se sentait menacé.
Dans l’écriture Jean Sénac va tenter de rétablir l’unité du corps et de l’âme que sépare le christianisme. Le poème devient pour lui le seul lieu de vie possible : « … On pouvait essayer de tenir le coup, de respirer dans le poème, d’être malgré ». La plupart sont adressés, à des amis, des amants, parfois à Dieu, d’autres fois au « jumeau noir en nous qui se cache et nous persécute ». Lieu du plus grand risque pour gagner l’acquittement, « Dans l’ordalie du corpoème, la bave serait-elle aussi, en fin de compte, une des données de notre « honneur » ? », à l’issue de cet ultime jugement, « nous sommes sauvés dans le langage ».
Un lyrisme porté par les élans du corps, le projette dans un rapport érotique au monde : « Je croyais n’avoir que deux bras, deux jambes, un sexe, / Tu me fais retrouver le dragon lacté / aux mille membres, les arabesques de mes sens. / Une autre parole dont le gémissement est l’inflexion première. / Syllabes sauvages et corps sauvage. »

Jacques Vincent

La nuit des images. Contrebasse: Gérald Méreuze, lecture: Jacques Vincent.

Antoine Émaz

Antoine Émaz, « Prises de mer », éd. le phare du cousseix, 2018

Les pages d’Antoine Émaz, décédé en mars 2019 et à qui nous rendons aussi hommage, figurent cette limite fragile en bordure d’estran où les vagues se couchent. Comme elles, chaque stance de prose revient nous toucher dans une description minutieuse des phénomènes, descriptions qui témoignent d’une présence et d’une disponibilité si particulières, « Il faut une certaine vacance de tête ». La page devient elle-même « un espace non pas sans mouvement mais sans agitation ».
Le poète Julien Bosc, décédé en septembre 2018, était l’éditeur. Les livrets qu’il publiait, chacun en un seul cahier de seize pages non cousues, composées en linotypie sur un vergé ivoire et tirés en deux cents exemplaires numérotés, étaient des objets précieux. Ils l’étaient aussi par le choix des auteurs. Ces livrets sont maintenant disponibles aux éditions Potentille.

Contrebasse: Gérald Méreuze, lecture: Jacques Vincent.

Jean-Christophe Belleveaux

Jean-Christophe Belleveaux, « L’emploi du temps », éd. le phare du cousseix, 2017

Jean-Christophe Belleveaux, dans L’emploi du temps déplie, en de petits pavés de prose comptés, une pensée flottante qui s’appuie sur les preuves ordinaires d’exister vécues à la troisième personne du singulier.
« Le crépitement de la pluie revient au revers des alphabets, des littératures, façonne le présent (qui n’existe pas et qui dure)».
Le poète Julien Bosc, décédé en septembre 2018, était l’éditeur. Les livrets qu’il publiait, chacun en un seul cahier de seize pages non cousues, composées en linotypie sur un vergé ivoire et tirés en deux cents exemplaires numérotés, étaient des objets précieux. Ils l’étaient aussi par le choix des auteurs. Ces livrets sont maintenant disponibles aux éditions Potentille.

Jean-Christophe Belleveaux, « L’emploi du temps »,
éd. le phare du cousseix, 2017.