Ana Tot

Ana Tot, "méca"
Ana Tot, « méca », éditions le Cadran ligné, 2016

Né en 1968 en Uruguay, Ana Tot vit entre la France et l’Espagne.
Sur ces flots des pensées qui nous traversent à chaque instant, « premièrement il y a le verbe ». Ana Tot s’arrête pour les démonter l’une après l’autre avec l’opiniâtreté d’une philosophe des origines, déploiement mécanique de la logique initié par Gherasim Luca. Ces poèmes en prose n’ont rien d’absurde: que l’on y soit attentif ou pas, le sens est toujours là et si le syllogisme guette, on y croise parfois des légèretés de comptine, « on dit ce qui est, mais alors ce n’est pas ce qui est dit qui est dit, c’est ce qui est dit qui est ». Jamais découragée la langue interroge la langue, pensée déductive qui chemine avec une burlesque obstination et jusqu’au vertige, « il n’y a plus d’avenir qu’une surface réfléchissante, sur une autre surface en miroir, le reflet de son propre reflet ». L’auteur se retrouve souvent nez à nez avec un double qu’elle convoque et qui peut aussi bien être son lecteur, « …ta langue mécaniquement tu la rentres dans ma bouche ».

J. Vincent

Dessin d’Alexandra Duprez, « Visage-branche ».

Extraits de la lecture du 21 juillet 2018 à l’Ivraie, publiés avec les aimables autorisations de Ana Tot et de son éditeur « Le cadran ligné ». Dessin: R.V. Gauchi.

Jacques Vincent

Né à Nîmes en 1950, vit aujourd’hui dans le Finistère.

Les passagers, éditions Folle Avoine, 2020.

Étienne Faure a écrit dans Poezibao (extrait):
Il y a d’abord la voix de Jacques Vincent, celle qui dit en public les textes des autres avec talent et générosité. Des textes lus régulièrement à voix haute avec une attention si singulière qu’elle sert souvent de révélateur pour leurs auteurs contemporains. Chaque semaine, avec la complicité de la librairie de Douarnenez L’ivraie -actif lieu d’accueil et de découverte des poètes et des écrivains-, nous sommes invités à retrouver les lectures de Jacques Vincent sur le site du collectif 30 minutes d’Insomnie.
Et c’est cette même voix, alerte et attentive, qu’on retrouve dans « Les passagers », dernier recueil signé par Jacques Vincent aux éditions Folle avoine (La Petite Bibliothèque, juin 2021).
Quoi d’étonnant que le livre s’ouvre, précisément, par cette entrée en vocalises, cette entrée en matière tout en écho à ces lectures :
Vous m’entendez là?              
C’est mieux avec ou sans ?
Oui vous m’entendez, alors ça va sans micro
                          Moi je préfère

Lire la suite dans Poezibao

Extraits. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze.
Lecture & mise en son: Jacques Vincent

Ryokan

« le moine fou est de retour », traduit par Cheng Wing Fu et Hervé Collet, éditions Moundarren, 1988.

« Qui dit que mes poèmes sont des poèmes / mes poèmes ne sont pas des poèmes / si vous comprenez que mes poèmes ne sont pas des poèmes / nous pourrons alors parler de poésie ».
Ryokan ( bon et bienveillant ) de son nom de moine auquel il attacha le sobriquet de Taigu ( grand fou ) qu’on lui donnera par moquerie, est né au Japon en 1758 et mort en 1831. Calligraphe et poète, il appartenait à la branche Soto du bouddhisme Zen qui s’en tient à la méditation assise comme principale pratique. S’éloignant des intrigues et des honneurs des monastères et de la vie littéraire, il se retira pour une moitié de sa vie dans l’ermitage de Gogo an (des cinq mesures de riz).
Ce recueil, est une chronique de la vie simple qu’il a choisi de mener à Gogo an.
« dans mon bol solitaire / le riz de mille familles / une robe en tissu, mon corps est léger / rassasié, rien de spécial à faire / allègre, je vieillis sereinement ».
Ses poèmes, écrits en chinois, ne sont pas un enseignement ( il a toujours refusé les disciples ) mais simples témoignages d’une vie conforme à la transmission du Bouddha Shakyamuni, vie comparable à celle, aussi légendaire de François d’Assise. Ils évoquent le paysage et tout ce qui advient comme l’ennui (« dans ma hutte montagnarde, les jours et les mois sont longs »), comme l’ébriété ( « toute la journée, sans rien à faire, / nous buvons du saké face aux montagnes en riant généreusement »).
Les sons de la nature remplacent les cloches et les tambours des temples, les froissements de robes des officiants, pour résonner dans un espace intérieur immense.
« La pluie a cessé, des gouttes tombent encore / à ce moment-là mon sentiment est extraordinaire / vaste, immense, connu de moi seul ».
Ce « clochard céleste » , conscient du contexte politique et social dans lequel il vivait, se définit lui-même comme « un homme oisif à une époque de paix ».
Si, de son vivant, il eut une notoriété de calligraphe, ses poèmes ne furent connus qu’après sa mort. Teishin, une jeune nonne dont il fut aimé et qu’il aima à la fin de sa vie se chargea de les collecter et de les faire publier.