Jean-Pierre Chambon

Né en 1953, Jean-Pierre Chambon co-dirige la revue Voix d’encre.

La remontée de eaux, L’Étoile des limites, 2025.

Ces proses nous conduisent sur les bords de trente torrents, rivières, fleuves ou ruisseaux de France et d’ailleurs. L’écriture de ce contemplatif nous en fait vivre avec précision les mouvements et les couleurs, les reflets, les frémissements de surface, les scintillements, les ombres, les variations de lumière et les sourires en des phrases qui nous éclaboussent: « le reflet d’un ciel pommelé dont la luminosité estompée par les nuées cotonneuses, donnaient à l’eau l’aspect d’un vieil émail ».
Dans le texte liminaire l’auteur interroge le fait d’écrire: « ne serait-ce pas faire le chemin à rebours, remonter le cours de la mémoire » puis au fil des lignes et des pages s’abandonne au flux pour « larguer les amarres du rêve et se laisser emporter par le fleuve au gré de ses méandres ». L’écriture nous donne à rêver le fleuve, le ruisseau, le torrent ou la rivière, à entendre leurs musiques et à y percevoir « le reflet fugitif des jours heureux ».

Jean-Pierre Chambon, La remontée de eaux, L’Étoile des limites, 2025.

Adeline Baldacchino

Née en 1982, Adeline Baldacchino vit à Paris où elle est aussi magistrate.

par les chemins sublimes, L’Ail des ours, 2023.

Ce livre paru dans la collection Graines d’ours destinée aux enfants est illustré par les dessins aériens de Valérie Linder. Ses pages déploient un poème qui peut être entendu à l’heure où les « rivages (sont) épousés par la nuit ». Il est un fil d’Ariane pour aider à franchir « la porte du labyrinthe », à voir et vivre « l’envers des choses qui brûlent », à passer « de l’autre côté du feu », donnant à imaginer « la folle beauté de ce monde », offrant à l’enfant des raisons de s’émerveiller. L’autrice guide le lecteur en l’intégrant à un nous qui rassure (« nous marchons d’un même pas »), et autorise en même temps (« ce n’est pas si mal / de vouloir s’affranchir / de fabriquer sa liberté / et de bric et de broc de forger des ailes »). Ces lignes font entrevoir l’Orient des « montagnes de Galaad » d’où vient le jour pour remplacer la nuit.
Sublime est un adjectif qui fut d’abord utilisé par les alchimiste pour qualifier une étape dans la transformation de la matière. C’est par la puissance singulière de ses images (la joue du temps, les confins du sablier, l’odeur de vivre, …) que le poème libère le réel, le transfigure, rendant possible « ce que nous ne cherchions pas ». C’est cela la poésie.

Adeline Baldacchino, par les chemins sublimes, L’Ail des ours, 2023.

François de Cornière

Né en 1950, François de Cornière vit au bord de l’Atlantique.

Ces traces de nous, Le Castor Astral, 2025.

François de Cornière écrit du poème qu’il est « atelier de l’instant ». La poésie qu’il nous donne à lire dans ces textes écrits entre 2022 et 2023, ancrée dans son quotidien, se saisit de tout ce qui peut advenir: une rencontre, une situation, une conversation ordinaire, une phrase entendue par hasard, une chanson, une musique, un film, un mot dans un livre (« C’est un verbe / il m’est tombé dessus au milieu d’une page »)… Ces riens qui lui tombent dessus retiennent son attention comme « étincelles d’émotion » qui peuvent revenir « sans qu’on les attendent ». Il les capture dans un carnet. Elles initient le poème, sont le point de départ d’une rêverie qui nous conduit de la vie du dehors à la vie du dedans comme il est écrit dans « La joue sur la mer », poème qui peut être considéré comme art poétique — la nage devenant métaphore de l’écriture: « c’est une petite victoire intime / de poser sa joue sur la mer / […] / cela va vite mais j’aperçois / le ciel du dehors et la mer du dedans / En même temps ».
Avec la nage, la musique, revient souvent et je l’entends dans ces vers libres entre lesquels les silences du blanc sont si importants « pour parler sans parole / à l’oreille de l’autre ».

François de Cornière, Ces traces de nous, Le Castor Astral, 2025.