Valérie Rouzeau

Quand je me deux, La Table ronde, 2022.

Née en 1967, Valérie Rouzeau est poète et auteur de chansons, elle est aussi traductrice de poésie anglophone.
Avant d’ouvrir le livre j’entends déjà le rire de l’oiseau caché dans les roseaux mais comme elle l’écrit: « Je sais que ma grand-mère me pardonne d’être drôle / avec du machin grave ». On n’y arrive jamais seul, il faut bien se deux pour cela. Si la gravité en effet point entre les mots (« Mords la vie mords la vie mords la vie mords la vie »), le sourire sinon le rire sont toujours présents dans cette savoureuse langue de poésie même « cuite d’avance […] en faitouts en marmites cocottes et poêles à frire! ». De l’évocation des ingrédients: allitérations alléchantes, barbarismes astringents, néologismes pimentés, contrepèteries parfumées, détournements gourmands, contractions allégées, homophonies sucrées, les fantômes de Boby Lapointe et de Pierre Repp s’en délecteraient!
Queneau, Apollinaire, Proust, Reverdy, Nerval, Rimbaud, Verlaine, Pozzi, Saint-Exupéry et même Descartes se sont invités en douce, quant à Emilie Dickinson, elle l’est officiellement avec la traduction de « The Wind – tapped… ».
Je vous recommande la lecture du menu en fin d’ouvrage, c’est tout un poème!

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture & mise en son: Jacques Vincent

Miguel Àngel Real

« Les rébellions inutiles », éditions Douro, 2022.

Poète et traducteur, Miguel Àngel Real, né en Espagne, vit et travaille en Bretagne.
Cet ensemble de 100 poèmes en prose qui rendent compte de faits et de mouvements intérieurs mis en résonance par le monde extérieur, est suivi de Quelques comparaisons inutiles, ensemble de 20 poèmes.
« Les mots dans un chaudron de sorcière » s’associent, se frottent les uns aux autres pour amener des évocations autobiographiques (« Je n’aurai plus le courage de respirer à nouveau les vapeurs du soufre »), des mises en scène teintées d’autodérision, des phrases manifestes qui peuvent aussi être élevées en règle de vie (« Il faut rester proches, écouter sans règles ni contraintes… »), des pensées qui prennent quelque fois formes d’aphorismes ou des proses aux allures de Haïkus.
Les mots comme attente, premier du recueil, au « bruit plus fort que celui de la révolte », et patience y reviennent plusieurs fois dans une écriture porteuse d’images qui étonnent, certaines mystérieuses, d’autres teintées d’humour pince-sans-rire, écriture qui doit peut-être sa fluidité à une obstination à « gratter le tarmac pour s’envoler ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture et mise en son: Jacques Vincent.

Albertine Benedetto

« Sous le signe des oiseaux », éditions L’Ail des ours, 2021.

Albertine Benedetto qui vit à Hyère reçut le prix Jean Follain en 2018 pour son livre « Le présent des bêtes » (éditions Al Manar, 2016).
Ce recueil ponctué de quelques vifs dessins au pinceau encré de Renaud Allirand est une promenade dans un paysage de mouvements et de sons où « les oiseaux ordonnent le matin / d’un écheveau subtil / que l’oreille démêle peu à peu / sourde à tous les autres sons ». J’ai lu ces poèmes comme des lettres que m’aurait adressées Albertine Benedetto depuis les espaces qu’elle parcourt en suivant la « cartographie » du chant des oiseaux.
Si paraissent quelques considérations sur nos indélicatesses de « Prométhées de pacotille » ou d’ « ogres / prêts à ingérer / la terre entière », l’auteur se laisse traverser, s’abandonne à ces paysages sonores et mouvants, aux chants « sur l’envers de la nuit » et « ainsi le souffle du poème / secoue / l’ombre collée à nos souliers ».

Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze,
lecture et mise en son: Jacques Vincent.