Verónica González Arredondo

Extrait des lectures d’octobre 2018 au café-librairie l’Ivraie, publié avec l’aimable autorisation des éditions RAZ https://razeditions.jimdo.com/

V. González Arredondo

« Je ne suis pas ce corps » de Verónica González Arredondo, , traductrice Élise Person, éditions RAZ.
L’autrice, née en 1984 à Guanajuato au Mexique, enseigne la philosophie et l’histoire des idées à l’Université autonome de Zacatecas.
« Je ne suis pas ce corps » est un recueil de poèmes regroupés en neuf ensembles qui prêtent voix à des « disparues », mortes assassinées, suppliciées, démembrées, échouées.
Un corps / visage / lèvres / enterré sous le sel: / notre nom. Dans la rage d’arracher jusqu’au nom qui les firent exister, leurs restes furent noyés au fond de l’océan ou répandus dans le désert . La bête m’a tirée par les pieds / agrippée à mes ongles / grimpée sur mon dos / on m’a dit : ne t’endors pas / mais personne n’a précisé : / ne rêve pas. De vers et de prose, le souffle de l’écriture de Verónica González Arredondo autorise ces rêves.
Le souvenir des images et des propos de « Nostalgie de la lumière » et « Le bouton de nacre », films du réalisateur chilien Patricio Guzmán ont accompagné ma lecture de cet ouvrage qui obtint en 2014 le prix national de poésie López Velarde.

Franck Venaille

Extraits des lectures de septembre 19 à la librairie l’Ivraie, publiés avec l’aimable autorisation des éditions Obsidiane (http://perso.numericable.com/editions-obsidiane/).

Franck Venaille

« Hourra les morts ! » de Franck Venaille, éditions Obsidiane.
Le poète est né en 1936 à Paris et mort le 23 août 2018. Ses ouvrages lui doivent de nombreux prix littéraires dont , en 2017 le Goncourt de la poésie pour « Requiem de guerre » et le Grand prix national de la poésie pour l’ensemble de son œuvre. À partir de 1974 il travailla à France-culture, collaborant à la production d’émissions dans le cadre des « Nuits magnétiques ».

« Hourra les morts ! » fait ressurgir le XIème arrondissement de Paris, quartier populaire à l’époque où le poète y passa son enfance et une partie de sa jeunesse. C’est un recueil de poèmes, en prose pour la plupart, découpé en ensembles bornés par des titres tous surmontés de la mention Paris. Comme en prologue de chaque partie, des poèmes où se mêlent vers et prose composés en italique sont comme des lettres adressées au lecteur. L’écriture est animée de secousses angoissées, de tremblements de mémoire et des douleurs intimes qui la hantent : « moi je suis habité par des mélancolies qui me bouleversent ». La langue puise dans une matière mouvante d’ombres, de poussières et d’inquiétudes, arrête les mots dans leur voyage pour former un paysage plein de vitalité et d’étranges flamboyances où les variations syntaxiques et les déplacements de regard dessinent de singuliers chemins. « Car le laid enfin a droit de cité. Le laid n’est pas le frère à l’envers du beau. C’est par lui que l’on atteint au divin ».

Jacques Vincent

Arthur Rimbaud

Crédit photographique: Christine Jegaden

A. Rimbaud

Extrait du récital donné dans le cadre de Baie des plumes en août 2018 au café-glacier « Le Bris Glace » à Douarnenez.
Le bateau ivre
: vingt cinq quatrains en alexandrins ou presque (onze pieds seulement dans La circulation des sèves inouïes), rimés en enjambements. Écrit par Arthur Rimbaud au cours de l’été 1871, ce récit d’un naufrage, puis d’un abandon plein de jouissance au dérèglement des éléments par delà les confins du fantastique et enfin d’un retour à la lucidité est considéré comme l’allégorie du poète-voyant . « Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens… », écrit-il à Paul Démeny, « …Il arrive à l’inconnu et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ». Retour critique contre la poésie romantique et les Parnassiens admirés jusqu’alors par un jeune-homme violent et provocateur. On peut certes y lire du ressentiment mais il n’est pas donné à toutes les colères d’armer des bateaux ivres.

Jacques Vincent