Kristian Keginer

Kristian Keginer, « Controverses de nulle part », éditions Les Hauts-Fonds, 2020.
L’ouvrage ressemble à l’atelier d’un mécanicien. Sur l’établi, étalés avec soin, rouages, pignons, chaines, courroies toutes pièces démontées d’anciens moteurs puis remontées devant nous en poèmes et poèmes anti-manifestes qui font jubiler la langue conquérante. C’est peut-être une manière pour ce poète brittophone qui n’ a plus publié depuis trente ans de prendre distance sur une colère d’autrefois, de donner voix à la blessure ouverte par l’interdiction du parlé breton pour la muer en vive énergie. Manière aussi de déconfiner le propos pour le rendre universel.
« Le poème se constitue / par la destruction totale / de la langue sauf lui […] et la langue se venge / à la fin / elle dit le silence / envahit tout ».

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Musiques: Magali Robergeau & Gérald Méreuze. Lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Yves Artufel

Il faut repeindre le moteur, Éditions Gros Textes, 2016

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Lecteur associé : Gérard Camoin.

Il faut repeindre le moteur

Yves Artufel qui vit dans les Hautes-Alpes où il est né est aussi éditeur (Gros textes) et bouquiniste. « Il faut repeindre le moteur » a déjà été publié dans la revue Décharge.
« Comme chaque jour, il ne reste plus / qu’à nous écouter dériver », dans ce recueil de pensées flottantes qui arborent le « nez rouge du poème », chacun d’eux est un petit miroir où vient se refléter un personnage, fataliste et burlesque, « au bord de la falaise », auquel l’auteur s’adresse quelques fois : « il te reste quelque part la souvenance de sources à laquelle tu es noué ».
« Je connais un type qui cherchait aux fontaines des godasses qui consolent ». De l’ordinaire prosaïque jaillissent des étincelles d’émerveillement dont s’empare un lyrisme joueur qui prolonge la vie, l’amplifie. La langue s’écoule en charriant saveurs, senteurs et couleurs en « une boue de miracle » et entraîne dans son cours tant  d’herbes de vie qui poussent dans le « jardin des mots ».

jacques Vincent

Guénane

« Ma Patagonie », Éditions « La sirène étoilée  » 2017

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.  La voix d’Élisabeth Pasquier s’est jointe à cette lecture.

Née à Pontivy en 1943, Guénane Cade qui a longtemps vécu en Amérique du Sud habite aujourd’hui Larmor-Plage. Elle est auteur de poésie et de romans.
« La Patagonie est une idée / une idée trop grande pour moi / elle me recouvre m’entraîne / me malaxe me transforme ». Une initiation donc pour Guénane à parcourir ce « désert sans majesté dunaire » pour aller puiser à la source archaïque des vents, éveiller ses yeux, ses oreilles, sa langue à une conscience du monde plus ample, plus vivante, plus libre. Une renaissance en somme.
« Il faut en soi dégager des estrans / pour laisser s’insinuer la libre démesure » et la dire dans le souffle du poème. Plaine herbeuses, cordillère, glaciers, étrangetés de la géographie, grâces des faunes terrestre et marine, « la sensation ébrieuse / de la solitude millénaire » attisent un lyrisme sans emphase qui se déploie dans la simplicité de l’écriture.
«  En moi se découvre / une épaisseur géologique prête à exploser », émerveillée mais sans candeur, la poète entend les ombres qui mugissent dans le vent : indiens Patagons, Tehuelche, Yámana, Ona dont tous les feux furent éteints par tant de brutalités. « Si tu prononces / humains / pourquoi cette impression / que s’annonce un déclin? ».

jacques Vincent