Ariel Spiegler

Ariel Spiegler est née en 1986 à São Paulo.

Jardinier, Gallimard, 2019.

Jardinier, titre sans pronom sonne comme un appel auquel répond déjà le premier poème:
« Ta solitude t’appelle. / Sois silencieuse, petite / rien de plus. ».
Quel est cet allié qui affirme « Je suis la meilleure part de toi » et qui se manifeste avec une telle tendresse (ma tendre, mon oiseau, petit moi, colombe). Ce jardinier s’adresse à qui? À Gomer peut-être, femme infidèle du prophète Osée dont une citation en incipit ouvre le recueil mais avant tout à Ariel qu’il nomme quelques fois.
« Tu te lèves chaque nuit pour moi? // Non comme une âme en peine / ne confondons pas les rôles »
Si d’abord elle invite au silence, cette âme assurément ne manque pas d’humour ni de questions et de questions sur la poésie en particulier:
« Est-ce que tu m’apprivoises? // Est-ce que tu me rencontres / dans cette veille / consacrée à je ne sais quoi, »
Ce livre organisé en six chapitres est une suite de poèmes qui déroulent une forme de récit. Le récit d’une histoire personnelle qui par la poésie s’affranchit des nécessités contextuelles. L’énigme fait du poème un abri où déposer la perle de l’intime.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son : Jacques Vincent.

Yves Elléouët

Éditions Diabase, 2020

Yves Elléouët, mort en 1975, peintre et écrivain fut le gendre d’André Breton.
Quatre-vingt-un poèmes issus de quatre recueils épuisés aujourd’hui, quelques inédits et quelques lettres issues d’une correspondance avec André Breton habitent ce pays de lointaine mémoire.
Comme fragment prélevé de la terre même où « une odeur vague et complexe règne dans la pénombre », chaque poème est une fenêtre ouverte sur un territoire extérieur autant qu’intérieur.
« cette cabane qui sent l’aigre / et la ferraille / cette cabane déglinguée / avec ces foutus vieux sacs »
Les rugosités, les senteurs, les couleurs, les images de cette province armoricaine s’y déploient dans une lumière d’aube ou de crépuscule où s’infiltre parfois une mélancolique inquiétude.
 » Mais derrière la fenêtre / une femme regarde toujours la rue / d’un œil vide « 

Publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Étienne Paulin

À part leurs titres, rien n’est capital dans ces poèmes qui émergent du blanc comme des respirations. Une pudeur les habite. Ce sont, comme l’indique le titre de celui de la page 39 « des mots sans bruit »:  
 » je ne sais pas ce qu’on y faisait / je me souviens des carrelages // et de l’odeur — ah non / déjà j’invente // pourquoi ce lieu / continue tant // je me souviens des carrelages ».
Minuscules fragments de mémoire, errances dans un espace d’autrefois, les questions mélancoliques annoncées dès le premier poème « sans réponse » (« mon enfance est retenue / dans une espèce de verrière ») se répandent avec douceur (« salve triste », « temps perdu », « mots tombant »,…). Questionnent aussi les vifs surgissements du présent (« j’aime les bruits qu’on entend / très haut dans la ville / si loin qu’on se demande ») qui témoignent d’une disponibilité du poème à l’instant. Disponibilité et vivacité que portent la brièveté (« pas le temps d’une phrase: alors le poème »): une manière certaine de prendre distance avec le malheur. « deux colibris / ont tout vu // et pépient comme si rien »

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son: Jacques Vincent.