Fabienne Courtade

Fabienne Courtade, « Papiers retrouvés », éd. Le phare du Cousseix, 2016

Fabienne Courtade, compose des lignes qui juxtaposent des aperçus, des entendus, des mouvements en vers séparés par des blancs, des silences dans lesquels vient s’insinuer une disparition. « C’est un film que l’on passe / et repasse / car il manque toujours le début », comme les rêves dont Papiers retrouvés possède l’étrangeté.
Le poète Julien Bosc, décédé en septembre 2018, était l’éditeur. Les livrets qu’il publiait, chacun en un seul cahier de seize pages non cousues, composées en linotypie sur un vergé ivoire et tirés en deux cents exemplaires numérotés, étaient des objets précieux. Ils l’étaient aussi par le choix des auteurs. Ces livrets sont maintenant disponibles aux éditions Potentille.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Vocal: Magali Robergeau.
Lecture: Jacques Vincent.

François de Cornière

Nageur du petit matin, Le Castor Astral, 2017.

Recueil de poèmes qui sont autant de lettres (quelques chansons aussi) adressées à l’épouse défunte. Une ample respiration les anime, le temps y est compté en brassées de nageur partant de la plage, vers le large jusqu’à la bouée d’hier et retour.
« C’est peut-être pour cela / que je me suis remis à écrire. / Pour ne pas être en reste / Essayer à mon tour / de ne pas perdre pied / sortir du cycle qui était le tien / – donc le mien: / ton courage de dix ans. »

François de Cornière, « Nageur du petit matin », Le Castor Astral, 2017.


Emmanuel Moses

« Le voyageur amoureux », éditions Al Manar, 2014.
Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

Le voyageur amoureux 1

Né en 1959 à Casablanca, petite enfance à Paris puis en Israël, en 1986 Emmanuel Moses revient en France où il vit aujourd’hui.
« Qu’on se le dise » : le recueil commence par une proclamation, une annonce de bateleur et comme l’indique le titre, il y sera question d’amour, d’un amour adressé parfois mais surtout d’un état d’amour du monde et de ses phénomènes.
Dans ces hymnes il arrive d’entendre des fragments de paraboles (« L’enfant demande à son père: c’est encore loin » ) ou de prophétie (« Heureux celui qui a vu la pleine lune au-dessus de la ville plantée comme un drapeau / Comme une échelle vers le monde du rêve ou de l’esprit »).
« Le monde apparaît et disparaît autour de moi / J’apparais et disparais au milieu de lui / Je suis pourtant ancré au milieu du monde » : planté en terre, le poète nous fait la courte échelle pour entrevoir « Toute une vie hors du monde », l’au-dedans de la vitre sur laquelle il dessine (« … il n’y a que les enfants et les poètes pour dessiner sur les vitres »). Il n’est pas surprenant de croiser Khayam et Hafez, les deux mystiques persans ou de percevoir des échos du Cantique des cantiques (« Une personne parle de l’âme qui désire son Dieu / Comme le chevreuil désire un cours d’eau ») : ce voyageur, par la vitre du poème me donne à éprouver le monde et à présumer d’un sens à ses phénomènes.

Jacques Vincent