Denise Le Dantec

La seconde augmentée, D. Le dantec

« La seconde augmentée, éditions Tarabuste, 2019.
Née à Morlaix en 1939, Denise Le Dantec est une auteur à l’œuvre multiple. Elle est écrivain (poésie, philosophie, romans), auteur de chansons pour Colette Magny, mais aussi peintre et a même réalisé un court-métrage.
« Bouquet. Poèmes. / L’échelle est à hauteur expressive. L’esprit naïf renaît ». Cueillis dans de multiples lexiques (il y a même un acronyme de la langue du web : « J’ai fait un spip ») les mots adviennent, se posent, lignes par lignes parfois soutenus par un point ou en brefs paragraphes. Ils s’ordonnent en bouquets. À l’autre, à soi-même, au lecteur, une adresse parfois : « 10 heures 30. Tu ne viendras pas. Je boirai seule mon vin ». « La poésie n’est pas un art de la métaphore » écrit-elle, pas de métaphores mais des aperçus, instants de langage manifestés, présence d’un souffle. « J’ouvre une phrase. Le monde est là. Une grande roue éclairée rouge », le monde se donne en même temps que la langue s’éprouve, dans l’énonciation. Comme chez Reverdy, la juxtaposition en formule l’énigme. « C’est le soir. Le jour a passé l’heure. Silence. Oubli. Rien n’est perdu / […] / La poésie vient parfois sans qu’on y mette la main. ».

Jacques Vincent

Enregistrement publié avec l’aimable autorisation des éditions Tarabuste et de l’auteur. Contrebasse: Gérald Méreuze, lecture: Jacques Vincent.

Ramiro Oviedo

Ramiro Oviedo, Fauves
Ramiro Oviedo, « fauves », éd. Corps Puces, 2017. Traduit par Marceau Vasseur & Miguel Àngel-Real

Né en 1952, Ramiro Oviedo est un poète équatorien en exil en France depuis 1987.
Trois textes composent ce recueil : Maman Marilyn, Panériades et Coup de pierre sur un œil borgne.
Dans le premier, à l’aune de sa révolte et établissant avec elle un ironique rapport de filiation, l’auteur revisite la biographie de Norma Jean Baker, alias Marilyn Monroe.
Paneriades est un poème à deux voix (au moins), dont l’une est prêtée à Leopoldo Maria Panero, poète espagnol décédé en 2014, ayant passé quarante ans de sa vie en établissement psychiatrique. Sont convoqués avec lui nombre de « poètes maudits » d’Espagne et d’ailleurs.
Le troisième texte, un pamphlet, évoque la violente histoire politique de l’Équateur qui obligea l’auteur à l’exil. En les nommant, il réunit les morts victimes des répressions successives.
« Mambo de Perez Prado et ses trompettes / sifflements de bateaux perdus dans la mer du delirium-semens / coups de feu en l’air sans silencieux / balles perdues / fleurs de l’excrément, disais-tu » : les traducteurs nous font entendre l’écriture d’Oviedo gonflée par la colère comme une musique issue d’une parole en crue.

Jacques Vincent


Fauves, éditions Corps puces, 2017.
Enregistrements publiés avec les aimables autorisations de l’auteur et des traducteurs. Contrebasse: Gérald Méreuze, lecteurs : Miguel Àngel-Real, Gérard Camoin & Jacques Vincent.

Claudine Bohi

Claudine Bohi, "naître c'est longtemps"

« Naître c’est longtemps », éditions La tête à l’envers, 2018. Extrait publié avec les aimables autorisation de l’auteur et de l’éditeur
Agrégée de lettres, Claudine Bohi est née en 1947. L’ouvrage présenté vient d’obtenir le prix Mallarmé (2019).
Étrange tournure grammaticale du titre : un verbe qualifié par un adverbe ou identique à un adverbe. L’un se métamorphose, se conjugue, l’autre est invariable. Déjà des questions qui aiguillent (aiguillonnent) sur les mots et la langue. Ce texte n’est « pas un discours » mais un acte en train de s’accomplir, une parole qui creuse, fouille, mouvement intime et mesuré en quête d’un sens irrigant la chair de la langue. Parcours intérieur en spirale qui va « [d’]une douleur /  si loin plantée », les deux premiers vers, jusqu’aux deux derniers : « une bouche de chair / qui mange le silence ». L’ouvrage est découpé en cinq sections qui vont et reviennent sur les mêmes lieux.
« poème est souvenir  / qui roule vers l’avant /  qui ouvre ce qui viendra // poème en surprend le passage ».
Surgis du blanc de l’oubli, se forment les vocables entendus par l’oreille interne pour se poser en signes sur la peau de la page (« c’est rouge en dessous »). L’écriture inquiète, et attentive, au présent de son apparition, avance en tâtonnant dans le blanc comme dans un brouillard neigeux, éprouvant le rayonnement du mot qui advient, elle fouille. En lignes brèves, un seul mot parfois, « à creuser la langue », le poème s’extirpe, se met en scène dans sa dramaturgie typographique, comme naissant à tenter de toucher son origine.

Jacques Vincent

Extrait publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur.
Contrebasse: Gérald Méreuze, Lecture: Jacques Vincent.

Editions le Dé bleu / l’Idée bleue, 2004