Françoise Ascal

Née en 1944, Françoise Ascal, écrivain et plasticienne, vit en proche des arbres et des rivières, dans un village de Seine-et-Marne.

Françoise Ascal, « Un bleu d’octobre », éditions Apogée, 2016

« Un bleu d’octobre » est un journal tenu entre 2001 et 2012. Ce qu’elle y consigne sous forme fragmentée, ce qu’elle voit, ce qu’elle vit, ce qu’elle lit, ce qu’elle ressent, loin de toute posture moralisante, procède de la contemplation. Elle y écrit « sur les ‘étonnements’ du jour, ceux qui surviennent au creux du plus banal ». L’écriture la garde présente au monde sans « le souci de construire une œuvre littéraire mais l’ambition de repousser si peu que ce soit, une part de ténèbres — en soi comme à l’extérieur ».

Françoise Ascal, « La barque de l’aube », Éditions Arléa, 2018

« La barque de l’aube » est une lettre écrite à Camille Corot. Françoise Ascal s’y confie comme à un familier à cet homme qu’elle admire et dont elle connaît si bien l’œuvre. Elle nous le rend présent (d’une présence bienfaisante) et lui présente un autre Camille, grand-oncle paysan qu’elle abrite dans sa mémoire, mort à l’âge de dix-neuf ans, au début de la première guerre mondiale. Deux Camille aux destins si éloignés mais que rapproche un même amour des arbres et des rivières.

Extraits de « La barque de l’aube » lus par « les Louiseuses »: Stéphane Carn, Elen Le Trocquer, Bénédicte Maillard.

Étienne Faure

La vie bon train, éditions Champ Vallon, 2013.

Jacques Vincent lit un poème extrait de « La vie bon train ». Vidéo produite par le Port-musée de la ville de Douarnenez, publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur.
la vie bon train

« La vie bon train » est un alignement de pavés en prose, tous d’égale longueur, arrêtés en gare, autant de fenêtres au travers desquelles l’auteur observe arrivées, départs, montées, descentes, entrées, sorties des passagers, des travailleurs, des animaux et même des végétaux (avec ou sans bagage). Son regard et tous ses sens sont ceux d’un anthropologue méticuleux, amusé et mélancolique, soucieux d’épuiser son sujet. « Ici le temps est le plus lent du monde sous les aiguilles d’une énorme pendule qui marque par à-coups l’heure légale ». Attente et écriture se fondent dans la réalité de la gare et dans son imaginaire « comme à Pompéi ». Dans cette « enclave hors du monde », au milieu de cette « formication obsessionnelle » , l’écriture « comme les femmes infiniment dans leur sac à main fouillent et refouilleront encore, pour trouver l’objet adéquat jusqu’au départ— et remettre de l’ordre dans tout ça. ».

« La vie bon train », éditions Champ vallon, 2013. Extrait publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

« Écrits cellulaires », éditions le phare du Cousseix, 2017. Enregistrement publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Étienne Faure, « Et puis prendre l’air », Éditions Gallimard, 2020.

Une collection de mots sortis des poches de l’oubli dans le flot des jours ordinaires, dépliés et classés avec soin. « Les souvenirs, on dirait, comme les bestiaux fraichement tués, réclament aussi un temps de faisandage, une période acceptable de maturation, … ».

Musique de générique: Magali Robergeau et Gérald Méreuze,
lecteur: Jacques Vincent. Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Jacques Vincent

La gazelle de Thomson, éditions RAZ, 2019.

J. Vincent 1

Un homme se meurt. Un artiste sur un lit d’hôpital. La douleur. Le besoin de s’accrocher à la vie. Alors il dessine. Toute la journée il dessine une chaise. Toujours la même chaise multipliée dans un trait qui se fait de plus en plus malhabile. Drôle de chose que cette chaise en paille. Fragilité de la paille et en même temps symbole de stabilité. Allongé dans son lit l’artiste voit cette chaise comme un espoir. Sortir d’ici pour s’asseoir devant le chevalet. Pour ne pas se laisser prendre par la nuit.
 Cet homme c’est Roberto Cedrón, peintre et sculpteur, mais aussi marionnettiste, comédien, metteur en scène et décorateur de cinéma argentin, ayant fui vers la France la dictature des généraux et ayant vécu à Douarnenez où il poursuivit ses activités de peintre affichiste et graveur jusqu’à sa mort en 2018.
 Un homme se meurt et ses amis viennent le voir, dont Jacques Vincent, architecte de formation, puis graphiste, illustrateur et enseignant en art appliqués. La poésie et la pratique de l’écriture sont constantes sur son parcours. Alors, lors de ses visites à l’hôpital au chevet de son ami, il note ce qu’il voit, ce qu’il ressent. Il sait la mort proche. Il saisit chaque instant dans la dignité et sans larmoiements.

Un autre ami, Philémon Le Guyader, créateur des éditions RAZ éditions, décide de regrouper les textes de Jacques Vincent et les chaises de Roberto Cedrón pour en faire un ouvrage-hommage.
 Si Jacques Vincent est l’auteur du texte et Roberto Cedròn l’illustrateur, ce sont les mots les véritables illustrateurs de cet ouvrage. Les mots qui dépeignent parfaitement le sursaut de vie qui anima Roberto Cedrón à la fin de ses jours.
 « Attendre que le corps épuisé puisse les gestes du dessin. La main, avant l’outil, apprécie le grain du papier – sa main dit-on – arpente le territoire pour en prendre la mesure. »
 Bien sûr, il y a l’émotion de la fin de vie.
« Il me remercie pour ma visite. Je le remercie à mon tour pour ce qu’il me donne. Sans savoir quoi ajouter je le laisse à son sommeil. » « Si un dessein se dessine c’est pour en changer » et pour cela on s’accroche aux détails du quotidien. Une chaise peut bien faire l’affaire, elle qui dit le repos, le visiteur, les gestes du menuisier et du vannier qui l’ont fabriqué. La chaise, cet « infime territoire où tout redevient possible ». Cette image peut tout aussi bien convenir à la poésie de Jacques Vincent.
 Cet ouvrage est un bel hommage à l’amitié. Si tous les malades en fin de vie pouvaient tous être aussi bien accompagnés…

Denis Heudré

Lecture et mise en son: Jacques Vincent.