Éric Pessan

Éric Pessan né en 1970 vit dans la région nantaise.

« Photos de famille », Éditions l’Œil ébloui, 2020

Les photos dont il est question ici, vues, prises ou remémorées (« La photo a existé / je pense l’avoir vue / elle est sans doute perdue / et je la réinvente / en toute mauvaise foi »), photos de famille ou autres sont des fenêtres ouvertes sur la mémoire de l’auteur qui réveillent anecdotes, fragments de récit familial, sentiments, sensations (« elle sent la vache et l’étable »). Décrites ou simplement évoquées, elles suscitent des digressions relatées ligne par ligne, sous formes de poèmes avec pour seule ponctuation quelques points d’interrogation et le point final de chacun. À ces retours sur le passé, forcément mélancoliques, l’écriture accorde souvent la distance de l’humour (« Toujours sur la photographie je suis étonné / de ne dénicher que ce type banal / qui n’a rien à voir / avec celui que je suis vraiment / à l’intérieur »).
La typographie du recueil voisine avec des dessins de Delphine Bretesché en pleines pages qui en ponctuent la progression. Ils représentent en contours désinvoltes des intérieurs peuplés de la multitude complexe des objets du quotidien.

Publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise en son: Jacques Vincent.

Gérard Le Gouic

Gérard Le Gouic, né en 1936, vit à Rosporden dans le Finistère.

« Exercices d’incroyance », éditions Gallimard, 2021.

« Exercices d’incroyance » est un livre de prières adressées à celui dont l’auteur ne croit pas à l’existence : « Je ne crois pas en Vous / et j’enrage que mon incroyance / vous crée,… ». Inexistence néanmoins considérée avec une capitale révérence jusqu’à ce qu’elle soit abandonnée (la capitale mais non la révérence) dans le dernier poème.
La demande du prieur y reste toujours modeste: « Je ne vous demande pas l’impossible / […] / un poème / que je garderai pour moi ».
L’auteur s’est « astreint chaque matin, en toute liberté, à cet exercice » qu’il considèrera comme « une mise en condition afin d’aborder ensuite [son] chantier de papier en cours » mais qui peut aussi être considéré comme une mise à l’épreuve de son incroyance, démarche mystique en somme. L’inexistence pour l’auteur n’est pas une absence: « Disparaître ne serait pas / me rapprocher de Vous, // mais Vous perdre / de tous mes sens, à jamais ».
L’ensemble de ces poèmes qui n’excluent pas l’humour (« Ce sont des murmures, / des prières minuscules // que je rédige au jour le jour / comme une liste de commissions »), bâtis en stances de deux vers constitue l’étoffe d’une conversation que justifie l’extrait suivant: « Je ne crois pas en Vous / Mais est-ce une raison // pour ne pas Vous entretenir / pour ne pas Vous remercier ». L’absence est faite présence par l’écriture.

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture & mise-en-son: Jacques Vincent.

Alexis Gloaguen

« Les veuves de verre », Maurice Nadaud, 2010.

Alexis Gloaguen est né en 1950 dans le Finistère.
À l’instar de Joseph Joubert avec la marche, c’est le vol qui produit l’écriture fragmentaire de ce livre qui se pose sur quelques villes du continent nord-américain. Le monde y est méticuleusement décrit avec une précision scientifique et sans hiérarchie des règnes. Végétal, minéral, animal, la nature et l’artefact se côtoient et conversent en permanence (« … les lys bâtards jaillissent des plaques de fer autour des arbres ») ou encore (« Je me sens animal déguisé d’un sourire »). Ce regard sur le monde en juxtapositions, associations et glissements métaphoriques confère à cette prose un statut de poésie, poésie d’un moraliste sans candeur qui s’émerveille néanmoins et « note les traversées mentales de chaque minute libre »
Comme un recueil, ce livre qui ne nécessite pas de lecture suivie est fait de récits (tel en est le sous-titre) où l’écriture se tourne souvent vers elle-même pour désigner ce qui la conduit (« J’ai la nostalgie d’un lieu où l’amplification des mots formerait comme un milieu, un air qui englobe une totalité. ») ou l’élan qui la forme (« Écrire sans but précis, c’est forer le sol et voir s’il en sortira l’inconnu,… »).

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Musique: Magali Robergeau & Gérald Méreuze, lecture et mise en son: jacques Vincent.