Rose Ausländer, née en 1901 dans une région qui fut avalée par la Roumanie puis par l’Union soviétique, jusqu’à sa mort en 1988 mena une vie d’apatride.
Le rêve a les yeux ouvert, éd. La Barque, 2026, traduit de l’allemand par Hugo Hengl

« Ressuscitée / dans le Tout / je suis / une créature / de mots ».
Des poèmes de peu de mots (à l’os dirait-on) qui tracent des sentiers de pensées rêveuses (ou de rêveries pensives). Nourris du quotidien d’une nomade apatride (« Ma maison quittée / j’habite le mot »), ils le transcendent et l’enchantent par la légèreté de leur souffle et leur fulgurance parfois. Témoins d’instants en suspension, les vers sont très courts, parfois réduits à un seul mot. « Certains mots rayonnent // d’autres m’observent / par magie noire ». Ce rayonnement transmis au-delà du poème (« Je sens une présence / je sens / la présence du mot ») lui confère une force d’évidence qui certainement participa à aider l’autrice à « trouver sa place / dans le jour ».
Pour elle qui proclame « Étonnement / ma patrie », quand « Ne reste / que la / consolation des rêves », le poème devient seul territoire habitable.