François de Cornière

Né en 1950, François de Cornière vit au bord de l’Atlantique.

Ces traces de nous, Le Castor Astral, 2025.

François de Cornière écrit du poème qu’il est « atelier de l’instant ». La poésie qu’il nous donne à lire dans ces textes écrits entre 2022 et 2023, ancrée dans son quotidien, se saisit de tout ce qui peut advenir: une rencontre, une situation, une conversation ordinaire, une phrase entendue par hasard, une chanson, une musique, un film, un mot dans un livre (« C’est un verbe / il m’est tombé dessus au milieu d’une page »)… Ces riens qui lui tombent dessus retiennent son attention comme « étincelles d’émotion » qui peuvent revenir « sans qu’on les attendent ». Il les capture dans un carnet. Elles initient le poème, sont le point de départ d’une rêverie qui nous conduit de la vie du dehors à la vie du dedans comme il est écrit dans « La joue sur la mer », poème qui peut être considéré comme art poétique — la nage devenant métaphore de l’écriture: « c’est une petite victoire intime / de poser sa joue sur la mer / […] / cela va vite mais j’aperçois / le ciel du dehors et la mer du dedans / En même temps ».
Avec la nage, la musique, revient souvent et je l’entends dans ces vers libres entre lesquels les silences du blanc sont si importants « pour parler sans parole / à l’oreille de l’autre ».

François de Cornière, Ces traces de nous, Le Castor Astral, 2025.

Jean Le Boël

Né en 1948, Jean Le Boël est aussi romancier, essayiste et éditeur.

L’enfant sur la berge, la rumeur libre, 2025.

« Le poète écoute / il entend les affres et la douleur / la joie parfois et puis la peine / le chant du matin ou le ciel qui s’assombrit // et il parle / sa voix porte / celle des autres ».
Ainsi se décrit ce discret moraliste qu’est Jean Le Boël, en empathie avec ce qui vit, souffre et meurt. Il écoute, il entend et par la voix du poème chante le désir, l’amour, l’enfance, le temps et « l’indocile mémoire », l’impermanence. Il nous donne à lire quelques portraits de vivants ou de disparus et même celui d’une maison abandonnée, un rouge-gorge aussi et « un moineau (qui) s’ébroue dans la poussière »…
« Ne cède pas aux mirage des idoles / leurs images ne sont pas la vie »: les recommandations de sagesse qu’il donne le sont avec modestie car aussi bien adressées à lui-même qui n’a pas oublié l’« adolescent perdu dans le désir informe ».
Si « il n’est d’autre retour que l’amour / que le poème que le cœur / saluant les immuables matin », ce retour fait écho au nourrisson esseulé, « balbutiant prisonnier / de l’attente du retour des parents », dans l’effroi d’une perte que rien n’effacera.
Le dernier poème invite cependant à « accepter l’oubli ».

Jean Le Boël, L’enfant sur la berge, la rumeur libre, 2025.

Hélène Sanguinetti

Née à Marseille en 1951, Hélène Sanguinetti vit à Arles.

Jadis, Poïena (une poème), Flammarion, 2025.

« Debout au milieu de la rivière, ce pêcheur déroule la fable du courant, remonte sa propre histoire gonflée de profondeur, si lourde qu’il relance.
Divinités poissons et iris d’eau se partagent les pages capitales. »
Écrit l’autrice dans « Fille de Jeanne-Félicie », deuxième partie de ce livre et réédition d’un ancien texte. Cet art poétique pourrait s’appliquer à l’ensemble de l’ouvrage.
« Jadis, Poïena » commence comme l’Odyssée par l’invocation des Muses. Cette « histoire gonflée de profondeur » nous est délivrée comme un conte chanté par de multiples voix du dedans, dont une intrusive qui vient parfois les couper, quand une voix du dehors, celle de la narratrice s’adresse en prose à Poïena. La mise-en-page est mise-en-scène: parmi les variations typographiques flottent dans les blancs des points qui détournent la lecture sur des sentiers, des figures, comme les signes d’un jeu de piste.
Ces chants n’ont rien de ce qui définit le caractère musical d’un poème (métrique, rime, assonances, …), plutôt s’élancent-ils en lignes souvent brèves (parfois limitées à un mot) au rythme erratique rompu de rejets et accéléré par l’absence fréquente de pronoms (« —Écoutez par le vent, / juillet tremble, plomb / Serre chevilles, soleil fait éclater les yeux »). L’écriture se veut organique (« J’écris dans le noir animal / dans le bleu animal / dans le rouge animal »), faite des frémissements de l’ombre et de la lumière sur des chemins de jadis où nous conduisent les mots.
« Hue les mots! Plus loin encore. » Sont-ils poussés « avant début / d’avant jadis? » Avant même l’élan qui porta les vocables?

Hélène Sanguinetti, Jadis, Poïena (une poème), Flammarion, 2025.
Hélène Sanguinetti, Jadis, Poïena (une poème), Flammarion, 2025,
captation d’une lecture musicale le 05/09/2026 à Ti an trouz,
Magali Robergeau (flûte et chant), Gérald Méreuze (contrebasse),
Jacques Vincent (lecture).